{"id":5529,"date":"2025-09-02T07:53:51","date_gmt":"2025-09-02T07:53:51","guid":{"rendered":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/entrevista-anaterve-sanchez-capita-marina-mercant\/"},"modified":"2026-02-19T23:56:10","modified_gmt":"2026-02-19T23:56:10","slug":"entrevista-anaterve-sanchez-capita-marina-mercant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/entrevista-anaterve-sanchez-capita-marina-mercant\/","title":{"rendered":"A\u00f1aterve S\u00e1nchez, capitaine de la marine marchande"},"content":{"rendered":"<h2><span style=\"color: #96744c;\"><strong><span lang=\"CA\">\u00ab&nbsp;Je viens d&#8217;une \u00e9poque, d&#8217;un type de navigation, qui n&#8217;existent plus&nbsp;\u00bb<\/span><\/strong><\/span><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>D&#8217;o\u00f9 vous vient votre vocation pour la mer ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je viens des \u00eeles Canaries, j&#8217;ai donc grandi entour\u00e9e par la mer. Mon lien avec elle remonte \u00e0 ma naissance. Nous allions souvent \u00e0 Punta Hidalgo, \u00e0 Tenerife. L\u00e0-bas, nous voyagions tous en bateau. La premi\u00e8re fois que je suis mont\u00e9e sur un grand bateau, j&#8217;avais six ans, pour venir \u00e0 Barcelone. Je me souviens que tout ce que je voyais m&#8217;intriguait : la travers\u00e9e, les uniformes\u2026 J&#8217;\u00e9tais fascin\u00e9 ! Le fait est que, lorsque j&#8217;ai d\u00fb choisir mes \u00e9tudes, je me suis inscrit \u00e0 l&#8217;\u00c9cole nautique de Barcelone, contre l&#8217;avis de mon p\u00e8re. Quand on fait un choix comme celui-ci si jeune, on ne sait pas vraiment si c&#8217;est une vocation, ni si on a fait le bon choix, car la mer est un mode de vie qu&#8217;on ne d\u00e9couvre qu&#8217;une fois qu&#8217;on y est. Je ne me suis pas tromp\u00e9.         <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>\u00c0 quoi ressemblait la formation pour devenir capitaine dans les ann\u00e9es soixante ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le chemin pour devenir capitaine est long, plus long qu&#8217;on ne le croit. J&#8217;ai quitt\u00e9 la marine marchande en 1968 comme second. Ensuite, pour devenir capitaine, il faut suivre d&#8217;autres formations et accumuler des jours de navigation pour gravir les \u00e9chelons. En 1968, j&#8217;ai embarqu\u00e9 sur le <em>Villa de Madrid<\/em> de la Transmediterr\u00e1nea, un navire de 140 membres d&#8217;\u00e9quipage, avec l&#8217;intention de parcourir le monde, m\u00eame si les choses ne se sont pas pass\u00e9es exactement comme pr\u00e9vu. Quoi qu&#8217;il en soit, j&#8217;y ai pass\u00e9 un an et demi pour mon stage. J&#8217;ai eu la chance d&#8217;avoir un bon capitaine et, malgr\u00e9 le fait de ne naviguer que sur les routes c\u00f4ti\u00e8res et tr\u00e8s peu au large, j&#8217;ai beaucoup appris.     <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le truc, c&#8217;est qu&#8217;une fois mes stages termin\u00e9s, on s&#8217;est rendu compte qu&#8217;il y avait une grave p\u00e9nurie de pilotes, car \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, les salaires \u00e9taient meilleurs et beaucoup de pilotes d&#8217;ici \u00e9taient partis. Du coup, je suis devenu pilote et j&#8217;ai embarqu\u00e9 pour la compagnie Marasia. L&#8217;ambiance \u00e9tait fantastique. On faisait la liaison Galice-Italie et l\u00e0, j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 entrevoir les mensonges de notre monde, parce qu&#8217;en fait, on allait charger du marbre au Portugal pour l&#8217;acheminer jusqu&#8217;\u00e0 Carrare, o\u00f9, para\u00eet-il, on trouve l&#8217;un des meilleurs marbres du monde\u2026   <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Et ensuite, comment s&#8217;est poursuivi votre carri\u00e8re maritime ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En tant que pilote, je suis retourn\u00e9 sur la Trasmediterr\u00e1nea, \u00e0 bord de l&#8217;embl\u00e9matique <em>Ernesto Anastasio<\/em> , mais au bout d&#8217;un mois, je suis parti car la r\u00e9mun\u00e9ration \u00e9tait tr\u00e8s faible. C&#8217;est ainsi que je suis retourn\u00e9 \u00e0 Marasia. <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>De fait, si je ne me trompe pas, c&#8217;est \u00e0 Marasia que vous avez fini par mener toutes vos activit\u00e9s en tant que capitaine, n&#8217;est-ce pas ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Oui, exactement. Je suis retourn\u00e9 \u00e0 Marasia et je n&#8217;en suis reparti que lorsque je suis revenu sur le continent. <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Avec quel type de navires travailliez-vous et quels itin\u00e9raires empruntiez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Au d\u00e9but, nous avions de tr\u00e8s vieux navires, mais nous en \u00e9tions propri\u00e9taires. Plus tard, nous les avons affr\u00e9t\u00e9s. Il y avait aussi le <em>Pedro de Alvarado<\/em>, un navire dont nous \u00e9tions propri\u00e9taires, rebaptis\u00e9 <em>Pac\u00edfico,<\/em> et qui servait de navire-\u00e9cole pour les ing\u00e9nieurs et les pilotes.  <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Quant aux itin\u00e9raires, j&#8217;en ai fait un paquet, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 partout. Au d\u00e9but, je faisais la ligne du Pakistan oriental. L\u00e0-bas, on chargeait du jute et on l&#8217;emmenait en Espagne. C&#8217;\u00e9tait comme un autre monde. C&#8217;\u00e9tait comme voyager dans le temps, on aurait dit qu&#8217;ils vivaient \u00e0 un autre si\u00e8cle\u2026    <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Et comment \u00e9taient d\u00e9finies les lignes et les itin\u00e9raires que vous empruntiez ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les contrats d&#8217;affr\u00e8tement ou les lignes r\u00e9guli\u00e8res \u00e9taient l&#8217;apanage du franquisme, avec une r\u00e9mun\u00e9ration pour \u00ab&nbsp;services rendus&nbsp;\u00bb. Cela signifiait que si vous n&#8217;aviez pas de lignes attitr\u00e9es, comme c&#8217;\u00e9tait le cas pour Marasia, vous deviez gagner votre vie dans le transport de marchandises ; sinon, vous n&#8217;\u00e9tiez rien. Mais \u00e0 Marasia, nous \u00e9tions tr\u00e8s comp\u00e9tents dans ce domaine et, malgr\u00e9 des navires bien moins performants que ceux des Allemands, par exemple, nous avions des contrats d&#8217;affr\u00e8tement en Am\u00e9rique du Sud, en Afrique de l&#8217;Est et de l&#8217;Ouest, et m\u00eame en Australie.  <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Tant de mondes \u00e0 d\u00e9couvrir\u2026 Votre vie est assur\u00e9ment faite d\u2019une bonne quantit\u00e9 d\u2019anecdotes\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Oh, oui, tellement de choses ! Je pourrais \u00e9crire un livre, voire plusieurs ! La navigation, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 j&#8217;y travaillais, \u00e9tait bien diff\u00e9rente d&#8217;aujourd&#8217;hui. Je viens d&#8217;une \u00e9poque, d&#8217;un type de navigation, qui n&#8217;existent plus. Je me souviens d&#8217;une fois o\u00f9 nous transportions une importante cargaison d&#8217;oranges \u00e0 Rostock, en Allemagne de l&#8217;Est. Nous \u00e9tions en plein r\u00e9gime franquiste. C&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je quittais l&#8217;Espagne et je me suis soudain retrouv\u00e9 dans un port o\u00f9 nous \u00e9tions constamment surveill\u00e9s par des hommes arm\u00e9s de mitrailleuses. De l\u00e0, nous sommes all\u00e9s \u00e0 Anvers. Quel changement ! J&#8217;avais une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es et j&#8217;ai soudain d\u00e9couvert l&#8217;existence d&#8217;une Europe civilis\u00e9e et moderne. Plus de Guardi\u00e0 Civil, plus de questions\u2026 J&#8217;ai d\u00e9couvert la libert\u00e9 !           <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong style=\"font-size: inherit;\">Et quels souvenirs gardez-vous de vos premiers voyages en Am\u00e9rique centrale et du Sud ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L&#8217;Am\u00e9rique a \u00e9t\u00e9 une v\u00e9ritable d\u00e9couverte pour moi ! C&#8217;est un pays aux mille facettes\u2026 J&#8217;ai travers\u00e9 le canal de Panama 21 fois, alors on peut dire que j&#8217;ai tout vu. La travers\u00e9e \u00e0 elle seule vaut le d\u00e9tour, c&#8217;est spectaculaire. La premi\u00e8re fois, c&#8217;est \u00e0 couper le souffle.   <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je vous ai dit que j&#8217;\u00e9tais tr\u00e8s jeune, et je me souviens de la premi\u00e8re fois o\u00f9 nous avons travers\u00e9 le canal. Nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s pour faire le plein et manger dans une sorte de \u00ab zone franche \u00bb, pleine de bars et de restaurants. Une fois assis, une mul\u00e2tresse s&#8217;est approch\u00e9e de moi et m&#8217;a demand\u00e9 : \u00ab Qu&#8217;est-ce que tu vas boire, mon amour ? \u00bb. Waouh ! Imaginez, je pensais avoir d\u00e9j\u00e0 fait une rencontre\u2026 jusqu&#8217;\u00e0 ce que je r\u00e9alise qu&#8217;elle disait la m\u00eame chose \u00e0 tout le monde. C&#8217;\u00e9tait une d\u00e9couverte permanente, on prenait conscience des diff\u00e9rentes formes de relations qui existent partout dans le monde. J&#8217;ai aussi \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin du grand bouleversement qu&#8217;a connu le Chili. J&#8217;ai connu le Chili d&#8217;Allende. J&#8217;\u00e9tais jeune, et c&#8217;\u00e9tait un pays joyeux et insouciant, avec beaucoup d&#8217;\u00e9tudiants. Mais ensuite, j&#8217;ai connu le Chili de Pinochet, et plus rien n&#8217;\u00e9tait pareil. Mitrailleuses, descentes de police dans les bars, beaucoup de tristesse. Que dire de plus que nous ne sachions pas\u2026         <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>J&#8217;imagine que vous avez aussi d\u00fb vivre des exp\u00e9riences plus ou moins dangereuses&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Oui, bien s\u00fbr. En Colombie, dans le port de Buenaventura, consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;un des plus dangereux au monde. L&#8217;acc\u00e8s est difficile, mais une fois \u00e0 terre, le spectacle est impressionnant. Le port regorge de tavernes et de ce qu&#8217;ils appellent des \u00ab&nbsp;casas de discos&nbsp;\u00bb. Elles sont align\u00e9es les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, et la cumbia r\u00e9sonne \u00e0 plein volume. Et \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, une faune inimaginable. Comme dans les films de pirates, mais en version moderne. Franchement, c&#8217;\u00e9tait effrayant.       <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>En parlant de situations dangereuses, en avez-vous d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu en mer ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je dirais que, bien s\u00fbr, j&#8217;ai travers\u00e9 des situations compliqu\u00e9es, mais je n&#8217;ai jamais vraiment eu l&#8217;impression de risquer ma vie ou celle de mon \u00e9quipage. Maintenant, voir des assiettes, des chaises et toutes sortes d&#8217;objets voler, souvent\u2026 La travers\u00e9e de l&#8217;Atlantique prend de nombreux jours, surtout au retour, et j&#8217;ai v\u00e9cu des situations p\u00e9rilleuses, mais jamais je ne me suis demand\u00e9 \u00ab qu&#8217;est-ce que je fais ici ? \u00bb ; bien au contraire. Une mer bord\u00e9e d&#8217;arbres, au retour d&#8217;Am\u00e9rique, entre deux cyclones qui dominent les vagues\u2026 C&#8217;est magnifique. C&#8217;est plein de charme. C&#8217;est la nature, et l&#8217;on prend conscience de son insignifiance. Bien s\u00fbr, la cargaison, toujours bien arrim\u00e9e, tr\u00e8s bien arrim\u00e9e.      <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Vous avez \u00e9galement navigu\u00e9 autour de l&#8217;Afrique. Vous devez y avoir accumul\u00e9 une belle exp\u00e9rience. <\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Oui, bien s\u00fbr. L&#8217;Afrique \u00e9tait multiple. \u00c0 mon \u00e9poque, c&#8217;\u00e9tait un continent post-colonial et presque encore colonial. L&#8217;Afrique anglo-saxonne \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rente de l&#8217;Afrique fran\u00e7aise, sans parler de l&#8217;Afrique du Sud de l&#8217;apartheid\u2026 Alors, quand on passait le Cap Blanc, il fallait changer d&#8217;\u00e9tat d&#8217;esprit. C&#8217;\u00e9tait un autre monde.    <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Une fois, pendant la violente guerre civile en Angola pro-sovi\u00e9tique, nous nous sommes retrouv\u00e9s ancr\u00e9s dans le port de Luanda, au c\u0153ur d&#8217;une atmosph\u00e8re extr\u00eamement tendue. Finalement, notre navire est devenu une sorte de zone libre, un no man&#8217;s land, une zone de paix. Des m\u00e9decins cubains et des mercenaires des diff\u00e9rentes factions qui s&#8217;affrontaient y affluaient, tous venus pour se nourrir de truites et de jambon. Ce fut une semaine pour le moins singuli\u00e8re.  <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Vous me disiez avant qu&#8217;\u00e0 Marasia vous \u00e9tiez tr\u00e8s bons, malgr\u00e9 la concurrence d&#8217;entreprises poss\u00e9dant de meilleurs bateaux. Quel \u00e9tait votre secret ? <\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le d\u00e9but de chaque trajet \u00e9tait identique pour toutes les compagnies : le chargement dans un port europ\u00e9en. Ensuite, nous traversions le canal de Panama et mettions le cap au sud. C&#8217;est l\u00e0 que la diff\u00e9rence commen\u00e7ait. Nos concurrents d\u00e9chargeaient leurs navires jusqu&#8217;au dernier port au sud, puis les rechargeaient pour retourner en Europe. Nous, d\u00e8s le premier port de d\u00e9chargement, nous recommencions \u00e0 charger, et ce jusqu&#8217;au dernier port de retour en Europe. L&#8217;important \u00e9tait d&#8217;avoir une organisation irr\u00e9prochable afin d&#8217;\u00e9viter tout d\u00e9placement de cargaison. Nous excellions dans ce domaine, car nous prenions plaisir \u00e0 \u00e9laborer des plans d&#8217;estive. Et heureusement, nous \u00e9tions tr\u00e8s ind\u00e9pendants. Comme nous \u00e9tions performants, la compagnie nous laissait faire.        <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Une bonne partie de l&#8217;\u00e9quipage de Marasia venait de la Barceloneta. Quel r\u00f4le jouait la compagnie dans ce quartier portuaire de Barcelone ? <\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il est vrai que Marasia offrait beaucoup d&#8217;emplois aux habitants du quartier. Il y avait un bar, Los Dos Hermanos, o\u00f9 les compagnies maritimes venaient recruter des \u00e9quipages. Une fois, sous le r\u00e9gime de Franco, lorsque le gouverneur civil avait ferm\u00e9 tous les bordels de Barcelone, de nombreux ch\u00f4meurs se sont retrouv\u00e9s dans ce bar. Juste \u00e0 ce moment-l\u00e0, nous devions y aller pour recruter des marins, et ils sont tous venus. Ouf, quelle bande ! C&#8217;\u00e9tait un voyage tr\u00e8s compliqu\u00e9, je pourrais \u00e9crire un autre livre\u2026     <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Qu&#8217;est-ce qui vous a pouss\u00e9 \u00e0 quitter la marine marchande et \u00e0 commencer \u00e0 travailler \u00e0 terre ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">J&#8217;ai peu \u00e0 peu r\u00e9alis\u00e9 que lorsque je voyageais avec des personnes \u00e2g\u00e9es, elles \u00e9taient tristes. La plupart pensaient trop \u00e0 leur famille. Je ne voulais pas que cela m&#8217;arrive. Je voulais voir mes enfants grandir. Voil\u00e0 pourquoi. \u00c0 mon \u00e9poque, sans t\u00e9l\u00e9phones portables ni internet, la navigation \u00e9tait incompatible avec la vie de famille. Pour naviguer, il faut \u00eatre libre. C&#8217;est pourquoi, lorsque je suis tomb\u00e9e amoureuse, j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler chez Sea Spain, une compagnie maritime, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;on me propose la direction de Gandara \u00e0 Barcelone. L&#8217;entreprise \u00e9tait sp\u00e9cialis\u00e9e dans la production industrielle d&#8217;\u00e9l\u00e9ments de navigation, il y avait donc encore un certain lien avec la mer. Je ne peux pas dire que c&#8217;\u00e9tait un travail qui me passionnait autant que la navigation, mais j&#8217;avais la chance de pouvoir trouver au moins une fois par an des projets personnels qui me satisfaisaient, comme par exemple la fourniture de tout le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire \u00e0 l&#8217;agrandissement de port Ginesta.         <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Un autre de ces projets, si je ne m&#8217;abuse, a \u00e9t\u00e9 la restauration de la go\u00e9lette <em>Santa Eul\u00e0lia<\/em>, l&#8217;un des navires amiraux du Mus\u00e9e maritime de Barcelone.<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Oui, tout \u00e0 fait, et c&#8217;\u00e9tait passionnant et stimulant, pr\u00e9cis\u00e9ment en raison des exigences du mus\u00e9e. Il nous fallait trouver un moyen de respecter les normes et r\u00e9glementations en vigueur tout en r\u00e9alisant une restauration aussi fid\u00e8le que possible \u00e0 l&#8217;\u00e9tat du bateau en 1918. C&#8217;est ainsi qu&#8217;a d\u00e9but\u00e9 ma collaboration avec le mus\u00e9e, et j&#8217;en suis tr\u00e8s heureux et satisfait.  <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Pour finir, vous m&#8217;avez dit avant que le type de navigation que vous aviez v\u00e9cu n&#8217;existait plus. Expliquez-moi. <\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Voyez-vous, \u00e0 mes d\u00e9buts, et jusqu&#8217;\u00e0 mon d\u00e9part en 1982, pour atteindre les Cara\u00efbes, il fallait naviguer \u00e0 l&#8217;infini, de l&#8217;aube au cr\u00e9puscule. On \u00e9tait \u00e0 la merci du vent et des caprices de la m\u00e9t\u00e9o, sans aucune pr\u00e9vision, et comme chacun sait, en navigation, le chemin le plus court entre deux points n&#8217;est pas forc\u00e9ment le meilleur. Mais, outre cela, l&#8217;ambiance \u00e0 bord n&#8217;est plus la m\u00eame. Aujourd&#8217;hui, pendant le temps libre, chacun est riv\u00e9 \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone portable ou en visioconf\u00e9rence. Le sens de la camaraderie n&#8217;est plus le m\u00eame, ni celui des moments de convivialit\u00e9 autour des repas. De nos jours, dans la marine marchande, il est presque impossible de vivre les exp\u00e9riences que j&#8217;ai eu la chance de conna\u00eetre. Les terminaux de fret sont d\u00e9sormais loin de tout et de tous. Presque plus personne \u00e0 bord ne descend \u00e0 terre.       <\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-large wp-image-3813\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/QR_250708_0115-scaled-e1755607345447.jpg\" alt=\"Le capitaine de la marine marchande A\u00f1aterve S\u00e1nchez, au Mus\u00e9e maritime de Barcelone. Photo : Quim Roser. ARGO 15. Mus\u00e9e maritime de Barcelone\" width=\"1200\" height=\"594\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/QR_250708_0115-scaled-e1755607345447.jpg 2560w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/QR_250708_0115-scaled-e1755607345447-400x198.jpg 400w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/QR_250708_0115-scaled-e1755607345447-1920x950.jpg 1920w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/QR_250708_0115-scaled-e1755607345447-768x380.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/QR_250708_0115-scaled-e1755607345447-1536x760.jpg 1536w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/QR_250708_0115-scaled-e1755607345447-2048x1014.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand les navires \u00e9taient une \u00e9cole de vie et des routes commerciales, des portails vers d&#8217;autres mondes<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3815,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[120],"tags":[157],"class_list":["post-5529","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-entretien","tag-argo15-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5529","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5529"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5529\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6856,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5529\/revisions\/6856"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3815"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5529"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5529"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5529"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}