{"id":5582,"date":"2025-09-02T00:00:26","date_gmt":"2025-09-02T00:00:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/dossier2-delta-de-lebre-cronica-duna-mort-anunciada\/"},"modified":"2026-02-20T00:22:02","modified_gmt":"2026-02-20T00:22:02","slug":"dossier2-delta-de-lebre-cronica-duna-mort-anunciada","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/dossier2-delta-de-lebre-cronica-duna-mort-anunciada\/","title":{"rendered":"Le delta de l&#8217;\u00c8bre&nbsp;: chronique d&#8217;une mort annonc\u00e9e&nbsp;?"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: inherit;\">\u00c0 trois kilom\u00e8tres du dernier banc de sable, d\u00e9sormais en pleine mer, g\u00eet le phare de Buda. Construit en 1864 \u00e0 Birmingham, il culminait \u00e0 plus de 53 m\u00e8tres de hauteur. C&#8217;\u00e9tait alors le plus haut phare m\u00e9tallique du monde, d\u00e9passant de 10 m\u00e8tres le pr\u00e9c\u00e9dent d\u00e9tenteur du record (situ\u00e9 en Floride, aux \u00c9tats-Unis). Pr\u00e8s d&#8217;un si\u00e8cle plus tard, en 1961, une temp\u00eate le fit sombrer. Au-del\u00e0 du r\u00e9cit historique qu&#8217;il constitue, cet \u00e9v\u00e9nement r\u00e9v\u00e8le un fait tr\u00e8s inqui\u00e9tant : le delta a perdu plus de 3 000 m\u00e8tres de largeur depuis lors. Et la situation ne semble pas pr\u00e8s de s&#8217;am\u00e9liorer \u00e0 court terme.      <\/span><\/p>\n<div>\n<h4 style=\"font-weight: 400;\"><strong>Une ann\u00e9e sur l&#8217;\u00eele de Buda<\/strong><\/h4>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La quatri\u00e8me lettre de l&#8217;alphabet grec, <em>D<\/em>, est connue sous le nom de <em>delta<\/em>. \u00ab H\u00e9rodote y pensa en contemplant le triangle arqu\u00e9 qui formait l&#8217;embouchure du Nil. Outre le fait d&#8217;y penser, il l&#8217;\u00e9crivit, <em>D<\/em> ; et, sans le savoir, il l\u00e9gua son image et son nom \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9. \u00bb Ces lignes figurent dans les premi\u00e8res pages de <em>Delta<\/em> (Ara Llibres, 2023), un ouvrage qui r\u00e9sulte probablement de la recherche la plus exhaustive men\u00e9e sur le terrain \u00e0 ce jour. L&#8217;auteure, Gabi Mart\u00ednez, a v\u00e9cu une ann\u00e9e enti\u00e8re sur l&#8217;\u00eele de Buda. Le lecteur peut en conclure qu&#8217;il subsiste une lueur d&#8217;espoir pour la conservation des espaces naturels \u00e0 court terme, mais que la r\u00e9ponse de la nature \u00e0 l&#8217;action humaine sera, \u00e0 terme, impossible \u00e0 contrer.     <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L&#8217;\u00eele de Buda illustre parfaitement ce changement. Il y a \u00e0 peine cinq ans et demi, sa plage s&#8217;\u00e9tendait 150 m\u00e8tres plus loin qu&#8217;aujourd&#8217;hui. La temp\u00eate Gloria l&#8217;a fait reculer en quelques heures seulement. 3 200 hectares de rizi\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vast\u00e9s par la violence de la mer. Elle sera, comme l&#8217;explique Gabi Mart\u00ednez, \u00ab la premi\u00e8re \u00eele avec des r\u00e9fugi\u00e9s climatiques en Europe&nbsp;\u00bb. Mais le probl\u00e8me ne se limite pas \u00e0 cette \u00eele ; il concerne aussi une grande partie du delta. Pour l&#8217;instant, son avenir reste incertain. La Generalitat de Catalunya et le gouvernement espagnol continuent de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re la plus urgente de le sauver, sans qu&#8217;aucun plan d&#8217;action d&#8217;envergure ayant abouti \u00e0 des r\u00e9sultats concrets n&#8217;ait encore \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre.       <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Guillermo Bor\u00e9s est l&#8217;un des propri\u00e9taires de l&#8217;\u00eele de Buda. Son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re l&#8217;a achet\u00e9e il y a plus d&#8217;un si\u00e8cle, et il la g\u00e8re aujourd&#8217;hui avec ses fr\u00e8res et d&#8217;autres membres de sa famille. Ses principales activit\u00e9s \u00e0 Buda sont la riziculture et le tourisme rural. \u00ab&nbsp;Si nous n&#8217;agissons pas rapidement, nous n&#8217;aurons plus d&#8217;\u00eele, plus de delta, plus rien.&nbsp;\u00bb Son temp\u00e9rament, parfois irascible, refl\u00e8te la pression que subit le deuxi\u00e8me plus grand delta d&#8217;Europe. \u00ab&nbsp;Avant, la plage de Trabucador faisait 800 m\u00e8tres de large ; maintenant, elle n&#8217;en fait m\u00eame pas 75.&nbsp;\u00bb    <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Bor\u00e9s est un fervent partisan de la solution n\u00e9erlandaise, qui consiste \u00e0 utiliser des dragues marines (des navires capables de d\u00e9placer de grandes quantit\u00e9s de sable, de sortes d&#8217;excavatrices aquatiques) pour extraire le sable des fonds marins et le d\u00e9poser sur la plage. \u00ab&nbsp;C&#8217;est ce qu&#8217;ils font depuis des ann\u00e9es aux Pays-Bas. C&#8217;est la solution la plus rapide, la plus viable et la moins co\u00fbteuse.&nbsp;\u00bb Lorsqu&#8217;on lui demande pourquoi elle n&#8217;est pas mise en \u0153uvre, les r\u00e9ponses vont toujours dans le m\u00eame sens : \u00ab&nbsp;Des int\u00e9r\u00eats politiques tr\u00e8s puissants sont en jeu. Ils veulent s&#8217;accaparer l&#8217;argent public qui leur reviendrait si le transfert des s\u00e9diments des r\u00e9servoirs \u00e9tait finalement approuv\u00e9&nbsp;\u00bb.  <\/p>\nngg_shortcode_0_placeholder\n<h4 style=\"font-weight: 400;\"><strong>Absence de s\u00e9diments<\/strong><\/h4>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La voie s\u00e9dimentaire est la solution sur laquelle s&#8217;accordent la plupart des sources scientifiques ayant \u00e9tudi\u00e9 la pr\u00e9servation de la zone. Le delta a cess\u00e9 de gagner du terrain en mer, expliquent-elles, car il a ces derni\u00e8res ann\u00e9es consid\u00e9rablement r\u00e9duit le volume de s\u00e9diments qu&#8217;il transportait. Sur les trente millions de m\u00e8tres cubes qu&#8217;il transportait initialement, il n&#8217;en reste plus que 159 000. Les chiffres parlent d&#8217;eux-m\u00eames. La raison, expliquent ces experts, r\u00e9side dans la construction de r\u00e9servoirs artificiels qui captent une grande partie de ces s\u00e9diments. De ce fait, les mat\u00e9riaux qui atteignaient auparavant la M\u00e9diterran\u00e9e et contribuaient \u00e0 l&#8217;avanc\u00e9e des terres \u00e9merg\u00e9es ont disparu. La solution serait donc de r\u00e9tablir l&#8217;\u00e9quilibre ant\u00e9rieur.      <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le principal probl\u00e8me, c&#8217;est que la solution est loin d&#8217;\u00eatre simple. \u00ab&nbsp;Nous \u00e9tudions, \u00e0 travers de nombreuses recherches, comment y parvenir. Il ne s&#8217;agit pas simplement d&#8217;ouvrir les vannes. Il faut un certain d\u00e9bit, c&#8217;est-\u00e0-dire une force suffisante pour \u00e9vacuer les s\u00e9diments vers la mer&nbsp;\u00bb, explique Carles Alcaraz, chercheur sp\u00e9cialiste des eaux marines et continentales \u00e0 l&#8217;Institut de recherche et de technologies agroalimentaires. Comme il l&#8217;a expliqu\u00e9 lors de l&#8217;entretien pour ce reportage, c&#8217;est une solution complexe, mais la seule viable \u00e0 long terme. \u00ab&nbsp;On peut construire des digues sur la c\u00f4te, si on le souhaite. Cela prendra certainement quelques ann\u00e9es. Mais la solution d\u00e9finitive consiste \u00e0 faire en sorte que le fleuve recommence \u00e0 emporter tout ce qui a servi jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 la formation du delta.&nbsp;\u00bb   <\/p>\n<\/div>\n<p><span style=\"font-size: inherit;\">L&#8217;humanit\u00e9 exploite les deltas des fleuves du monde depuis des mill\u00e9naires. Jusqu&#8217;\u00e0 r\u00e9cemment, cette coexistence ne posait pas de probl\u00e8mes majeurs. Aujourd&#8217;hui, la situation est tout autre : de l&#8217;affaissement des sols d\u00fb \u00e0 la construction de b\u00e2timents (Venise en est l&#8217;exemple le plus frappant) \u00e0 la disparition des s\u00e9diments caus\u00e9e par les barrages (ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9galement observ\u00e9 sur le Nil, notamment avec le barrage d&#8217;Assouan), en passant par la mont\u00e9e des eaux provoqu\u00e9e par la crise climatique.  <\/span><\/p>\n<div>\n<h4 style=\"font-weight: 400;\"><strong>Les grands int\u00e9r\u00eats cach\u00e9s<\/strong><\/h4>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00ab&nbsp;Si les vannes des barrages ne sont pas ouvertes lors des crues de l\u2019\u00c8bre pour permettre l\u2019expansion du delta, c\u2019est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des grandes compagnies hydro\u00e9lectriques comme Endesa.&nbsp;\u00bb Josep Juan Segarra est le pr\u00e9sident de l\u2019association Sediments. Depuis des ann\u00e9es, cette association d\u00e9nonce les abus de ces entreprises et exige la mise en \u0153uvre urgente d\u2019une solution de gestion des s\u00e9diments pour rem\u00e9dier \u00e0 cette situation.  <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le d\u00e9tournement des s\u00e9diments, explique-t-il, serait une autre solution envisageable. Cette technique a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mise en \u0153uvre dans le Llobregat, avec le d\u00e9tournement des saumures mini\u00e8res par des canalisations permettant d&#8217;acheminer ces s\u00e9diments en aval. Le co\u00fbt, selon Segarra, serait bien inf\u00e9rieur \u00e0 celui du dragage en mer ou de la solution n\u00e9erlandaise. \u00ab&nbsp;D&#8217;apr\u00e8s une \u00e9tude de l&#8217;Universit\u00e9 polytechnique de Catalogne, le co\u00fbt de la vidange des r\u00e9servoirs ne serait que de 0,50 euro par m\u00e8tre cube de s\u00e9diments. En revanche, le recours au dragage pourrait atteindre les 4 euros. Le transport du sable par camion, l&#8217;une des rares actions entreprises actuellement, est encore plus on\u00e9reux.&nbsp;\u00bb   <\/p>\n<figure id=\"attachment_4270\" aria-describedby=\"caption-attachment-4270\" style=\"width: 495px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-4268\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Mapa--1082x1080.jpg\" alt=\"Carte de l'Institut cartographique et g\u00e9ologique de Catalogne avec trois lignes repr\u00e9sentant les sc\u00e9narios de r\u00e9gression et la position estim\u00e9e du littoral de Riumar pour les ann\u00e9es 2050 (rouge) et 2100 (jaune, sc\u00e9nario mod\u00e9r\u00e9 ; violet, sc\u00e9nario s\u00e9v\u00e8re). Photo : Institut cartographique et g\u00e9ologique de Catalogne. ARGO 15. Mus\u00e9e maritime de Catalogne.\" width=\"505\" height=\"504\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Mapa--1082x1080.jpg 1082w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Mapa--225x225.jpg 225w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Mapa--768x766.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Mapa--1536x1533.jpg 1536w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Mapa--2048x2044.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 505px) 100vw, 505px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4270\" class=\"wp-caption-text\">L&#8217;\u00eele de Buda est sans doute l&#8217;exemple le plus frappant de la fragilit\u00e9 du delta de l&#8217;\u00c8bre, mais elle n&#8217;est pas la seule. Cette carte de l&#8217;Institut cartographique et g\u00e9ologique de Catalogne en est une bonne illustration&nbsp;: trois lignes repr\u00e9sentent les sc\u00e9narios de r\u00e9gression et la position estim\u00e9e du littoral de Riumar pour les ann\u00e9es 2050 (rouge) et 2100 (jaune, sc\u00e9nario mod\u00e9r\u00e9 ; violet, sc\u00e9nario extr\u00eame). Photo : Institut cartographique et g\u00e9ologique de Catalogne. Mus\u00e9e maritime de Catalogne.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Buda pourrait \u00eatre la premi\u00e8re \u00eele d&#8217;Europe \u00e0 dispara\u00eetre de la carte.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4233,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[117],"tags":[157],"class_list":["post-5582","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier-fr","tag-argo15-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5582","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5582"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5582\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6681,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5582\/revisions\/6681"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4233"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5582"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5582"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5582"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}