{"id":7156,"date":"2026-04-30T09:53:02","date_gmt":"2026-04-30T09:53:02","guid":{"rendered":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/?p=7156"},"modified":"2026-05-05T06:46:35","modified_gmt":"2026-05-05T06:46:35","slug":"argo16-la-cale-photographie-minute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/argo16-la-cale-photographie-minute\/","title":{"rendered":"Il \u00e9tait une fois un petit bateau&#8230;"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400\"><em>\u00c0 S\u00edlvia, ma\u00eetre navigatrice<\/em><\/p>\n<h4><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7936 size-full aligncenter\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/grup-Reina-Victoria-Eugenia.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"673\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/grup-Reina-Victoria-Eugenia.jpg 1024w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/grup-Reina-Victoria-Eugenia-342x225.jpg 342w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/grup-Reina-Victoria-Eugenia-768x505.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/h4>\n<h4><strong>Jouer avec la photographie<\/strong><\/h4>\n<p>Cependant, loin de se suicider, Hippolyte Bayard (1801-1887) imagina une vengeance ing\u00e9nieuse contre ceux qui n&#8217;avaient pas soutenu son proc\u00e9d\u00e9 photographique et les trompa en leur faisant croire qu&#8217;ils \u00e9taient responsables de sa mort. Bayard pr\u00e9para soigneusement le montage et se mit en sc\u00e8ne comme un noy\u00e9, commen\u00e7ant ainsi \u00e0 jouer avec la photographie.<\/p>\n<p>Ce type de jeu \u00e9tait davantage pratiqu\u00e9 par les photographes amateurs que par les professionnels, tout simplement parce qu&#8217;ils disposaient de temps libre \u00e0 \u00ab perdre \u00bb et n&#8217;avaient pas besoin de passer leurs journ\u00e9es \u00e0 r\u00e9aliser des portraits de clients pour gagner leur vie. Et parmi ces jeux, la mer et les bateaux \u00e9taient incontournables.<\/p>\n<h4><strong>Julia Margaret Cameron<\/strong><\/h4>\n<p>L&#8217;une des premi\u00e8res \u00e0 photographier des personnages dans des bateaux fut une Britannique qui disposait de temps, d&#8217;argent, de culture et d&#8217;amis (ainsi que de personnes \u00e0 son service) dispos\u00e9s \u00e0 jouer la com\u00e9die. Julia Margaret Cameron (1815-1879) illustra avec son appareil photo des sc\u00e8nes tir\u00e9es des po\u00e8mes de son ami et voisin Alfred Tennyson, l&#8217;un des po\u00e8tes les plus populaires de l&#8217;Angleterre victorienne. Cameron commen\u00e7a par agencer puis photographier des \u00e9pisodes des l\u00e9gendes arthuriennes : le roi bless\u00e9 dans une barque quittant Camelot (figure 1) ou Elaine allong\u00e9e dans une autre barque s&#8217;en approchant (1875). Dans aucun de ces cas, il ne s&#8217;agit de \u00ab vraies \u00bb barques et, bien s\u00fbr, elles ne sont pas en mer, mais \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;une galerie vitr\u00e9e \u2013&nbsp;l&#8217;ancienne serre que la photographe poss\u00e9dait dans le jardin de Dimbola, sa r\u00e9sidence sur l&#8217;\u00eele de Wight&nbsp;\u2013 dont le toit \u00e0 pignons est visible sur les photographies.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7516\" aria-describedby=\"caption-attachment-7516\" style=\"width: 656px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-7162\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Cameron-874x1080.jpg\" alt=\"(Figure 1) Julia Margaret Cameron, La Mort du roi Arthur, 1875. V&amp;A\" width=\"666\" height=\"823\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Cameron-874x1080.jpg 874w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Cameron-182x225.jpg 182w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Cameron-768x949.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Cameron-1243x1536.jpg 1243w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Cameron-1657x2048.jpg 1657w\" sizes=\"(max-width: 666px) 100vw, 666px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7516\" class=\"wp-caption-text\">(Figure 1) Julia Margaret Cameron, La Mort du roi Arthur, 1875. V&amp;A<\/figcaption><\/figure>\n<p>Cameron travaillait avec des appareils photo, des optiques et des techniques qui ne lui permettaient pas de figer le mouvement. Elle utilisait des n\u00e9gatifs sur plaques de verre avec du collodion humide ; \u00e0 partir de ces n\u00e9gatifs, et par contact, elle r\u00e9alisait des positifs sur papier albumin\u00e9. Le temps d&#8217;exposition \u00e9tait d&#8217;environ 10 \u00e0 12 secondes en bonne lumi\u00e8re, ce qui n&#8217;\u00e9tait pas toujours le cas \u00e0 Londres ou sur l&#8217;\u00eele de Wight. Tout cela impliquait que si une personne ou un objet bougeait pendant l&#8217;ouverture de l&#8217;obturateur, cela apparaissait flou sur le n\u00e9gatif, ruinant la photographie. C&#8217;est pourquoi, dans les deux photographies mentionn\u00e9es, Cameron a utilis\u00e9 des tissus qui donnaient l&#8217;impression du mouvement de l&#8217;eau s&#8217;\u00e9levant le long de la barque. Et ce n&#8217;\u00e9tait pas la seule fiction, puisque la lune n&#8217;est pas \u00ab r\u00e9elle \u00bb non plus. Il \u00e9tait encore impossible de prendre des photos de nuit, et surtout de groupe. C&#8217;est pourquoi les photographies ont \u00e9t\u00e9 prises de jour, et l&#8217;effet de clair de lune a \u00e9t\u00e9 obtenu en laboratoire, en grattant l&#8217;\u00e9mulsion (le collodion) du n\u00e9gatif, de sorte que, lors du tirage positif, la lumi\u00e8re traversait ce petit arc et simulait notre satellite.<\/p>\n<h4><strong>Les portraits chez les photographes<\/strong><\/h4>\n<p>Les studios photographiques professionnels sp\u00e9cialis\u00e9s dans les portraits \u2013 ces galeries o\u00f9 la bourgeoisie se faisait photographier dans les villes d\u00e8s les ann\u00e9es 1860 \u2013 \u00e9taient, avant l\u2019av\u00e8nement du cin\u00e9ma, de v\u00e9ritables \u00ab&nbsp;fabriques \u00e0 r\u00eaves&nbsp;\u00bb. Se faire photographier ne signifiait pas seulement rechercher la fid\u00e9lit\u00e9 de l\u2019image, ni poss\u00e9der un souvenir \u00e0 conserver des ann\u00e9es ou \u00e0 envoyer \u00e0 la famille et aux amis \u00e9loign\u00e9s. Il s\u2019agissait aussi d\u2019obtenir une repr\u00e9sentation \u00ab am\u00e9lior\u00e9e \u00bb du sujet : en tenue du dimanche, les cheveux soigneusement coiff\u00e9s, dans un cadre plus \u00ab noble \u00bb que celui du quotidien ; non pas \u00e0 la maison ou dans la rue, mais dans un hall de palais, un jardin ou sur un bateau. Ce dernier cadre \u00e9tait particuli\u00e8rement s\u00e9duisant pour ceux qui vivaient loin des c\u00f4tes et ne conna\u00eetraient jamais la mer, ou pour ceux qui, vivant \u00e0 proximit\u00e9, ne monteraient jamais \u00e0 bord d\u2019un bateau. La photographie de deux femmes dans un studio photographique \u00e0 Elizondo (Navarre) vers 1904 en t\u00e9moigne (figure 2). Tous deux, v\u00eatues pour une promenade, sont assises derri\u00e8re un morceau de bois qui imite une barque flottant sur des vagues peintes, et tiennent fermement les rames, devant un d\u00e9cor repr\u00e9sentant une rivi\u00e8re et la silhouette d&#8217;une ville en arri\u00e8re-plan.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7517\" aria-describedby=\"caption-attachment-7517\" style=\"width: 693px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-7163\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/MENA-MARTIN-F.-Muchachas-en-una-barca-1467x1080.jpg\" alt=\"(Figure 2) F\u00e9lix Mena, Deux femmes dans une barque, Elizondo (Navarre), Pampelune. Photo : Mus\u00e9e de Navarre, vers 1904\" width=\"703\" height=\"518\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/MENA-MARTIN-F.-Muchachas-en-una-barca-1467x1080.jpg 1467w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/MENA-MARTIN-F.-Muchachas-en-una-barca-306x225.jpg 306w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/MENA-MARTIN-F.-Muchachas-en-una-barca-768x565.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/MENA-MARTIN-F.-Muchachas-en-una-barca-1536x1131.jpg 1536w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/MENA-MARTIN-F.-Muchachas-en-una-barca-2048x1508.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 703px) 100vw, 703px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7517\" class=\"wp-caption-text\">(Figure 2) F\u00e9lix Mena, Deux femmes dans une barque, Elizondo (Navarre), Pampelune. Photo : Mus\u00e9e de Navarre, vers 1904 1904.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, rares \u00e9taient ceux qui pouvaient se faire photographier sur un v\u00e9ritable bateau, comme la famille du duc d&#8217;Osuna, que Clifford photographia sur le lac artificiel d&#8217;Alameda en 1856. Le portrait sur le bateau (outre une prouesse technique extraordinaire) \u00e9tait aussi exotique que les chameaux que Clifford y photographia \u00e9galement ; mais il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;une famille ordinaire, mais de celle d&#8217;un noble espagnol. Il en \u00e9tait de m\u00eame, trente ans plus tard, au printemps 1883, d&#8217;un groupe parcourant les c\u00f4tes marocaines, de Tanger \u00e0 Constantine, \u00e0 bord du Vanad\u00eds, Jacint Verdaguer accompagnant le marquis de Comillas, son \u00e9pouse et un groupe d&#8217;amis (figure 3), ou encore, en 1897, d&#8217;un groupe qui sillonnait la M\u00e9diterran\u00e9e sur le <em>Thistle<\/em>, prenant des photos depuis le pont et photographiant le yacht depuis les ports de Malte ou de Palerme. La propri\u00e9taire du <em>Thistle<\/em> \u00e9tait la comtesse de Valencia de Don Juan, et elle \u00e9tait accompagn\u00e9e d&#8217;Eug\u00e8nia de Montijo, qui avait \u00e9t\u00e9 imp\u00e9ratrice de France, et de sa ni\u00e8ce, la duchesse d&#8217;Alba.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7965\" aria-describedby=\"caption-attachment-7965\" style=\"width: 662px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-7166\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pasageros-del-Vanadis-5D67-5-3-1577x1080.jpg\" alt=\"(Figure 3) Photographe amateur. Passagers \u00e0 bord du yacht Vanadis. Album photo \u00ab&nbsp;Le Vanadis&nbsp;\u00bb (1883). Auteur inconnu. AHCB. Collection Jacint Verdaguer Santal\u00f3 AHCB 5D67\/5-3 Inv. 50444.\" width=\"672\" height=\"460\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pasageros-del-Vanadis-5D67-5-3-1577x1080.jpg 1577w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pasageros-del-Vanadis-5D67-5-3-329x225.jpg 329w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pasageros-del-Vanadis-5D67-5-3-768x526.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pasageros-del-Vanadis-5D67-5-3-1536x1052.jpg 1536w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pasageros-del-Vanadis-5D67-5-3-2048x1402.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 672px) 100vw, 672px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7965\" class=\"wp-caption-text\">(Figure 3) Photographe amateur. Passagers \u00e0 bord du yacht Vanadis. Album photo \u00ab&nbsp;Le Vanadis&nbsp;\u00bb. (1883). Auteur inconnu. AHCB. Collection Jacint Verdaguer Santal\u00f3 AHCB 5D67\/5-3 Inv. 50444.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Pour tous, aristocrates et bourgeois, la diffusion de la photographie a franchi une nouvelle \u00e9tape avec la simplification du processus : les appareils photo sont devenus plus abordables, la manipulation des produits chimiques moins contraignante et l\u2019ensemble du processus plus facile ; le mat\u00e9riel photographique \u00e9tait alors disponible en magasin et les n\u00e9gatifs \u00e9taient envoy\u00e9s au laboratoire de d\u00e9veloppement. Tout cela s\u2019est produit dans les ann\u00e9es 1880 et s\u2019est amplifi\u00e9 au tournant du XIXe et du XXe&nbsp;si\u00e8cles avec l\u2019apparition des petits appareils Kodak. D\u00e8s lors, les amateurs ont eu un acc\u00e8s plus facile \u00e0 ces \u00ab jeux \u00bb photographiques, qui se sont multipli\u00e9s.<\/p>\n<h4><strong>Photographie ambulante et \u00e0 la minute<\/strong><\/h4>\n<p>Aussi importants que fussent ces changements, ils ne signifiaient pas que n&#8217;importe qui, n&#8217;importe o\u00f9, pouvait se faire photographier sur un bateau. Il fallait donc des photographes modestes (hommes et femmes), pr\u00eats \u00e0 parcourir le pays de long en large, charg\u00e9s d&#8217;appareils photo, de produits chimiques et de quelques accessoires, pour atteindre les villages d\u00e9pourvus de photographe permanent. Ces professionnels se rendaient sur place pendant les f\u00eates, p\u00e9riode o\u00f9 les gens s&#8217;offraient de nouveaux v\u00eatements, disposaient d&#8217;un peu d&#8217;argent et souhaitaient immortaliser l&#8217;instant.<\/p>\n<p>La plupart d&#8217;entre eux, \u00e0 l&#8217;instar du photographe d&#8217;Elizondo F\u00e9lix Mena (1861-1935), poss\u00e9daient un atelier photographique permanent en ville et se d\u00e9pla\u00e7aient dans les villages environnants. Ils pratiquaient souvent d&#8217;autres activit\u00e9s en plus du portrait&nbsp;: certains vendaient des rubans, d&#8217;autres collectaient des assurances, et tous colportaient des nouvelles. Au d\u00e9but, ils se d\u00e9pla\u00e7aient \u00e0 cheval, puis \u00e0 v\u00e9lo, comme Valent\u00ed Fargnoli (1885-1944), qui sillonnait la province de G\u00e9rone avec un minuscule appareil photo sur l&#8217;\u00e9paule ; plus tard, ils s&#8217;y rendaient \u00e0 moto, \u00e0 l&#8217;image d&#8217;\u00c1ngel Rom\u00e1n Allas (1927-2023), le photographe de rue de S\u00e9govie. Il faisait partie de ces \u00ab photographes sans galerie \u00bb, qui n&#8217;avaient pas de studio et travaillaient exclusivement dans la rue.<\/p>\n<p>Ces photographes itin\u00e9rants perp\u00e9tuaient une tradition n\u00e9e avec la photographie et qui s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. \u00c0 l&#8217;instar des vendeurs <em>ambulants<\/em> qui arpentaient les rues des grandes villes dans les ann\u00e9es 1930, nombre d&#8217;entre eux r\u00e9alisaient des \u00ab photographies en une minute \u00bb, d&#8217;o\u00f9 leur surnom de \u00ab photographes minuteurs&nbsp;\u00bb. Le terme \u00ab minute \u00bb est certes exag\u00e9r\u00e9, mais l&#8217;image est tr\u00e8s parlante : la photographie est obtenue et livr\u00e9e tr\u00e8s rapidement, peu apr\u00e8s sa prise.<\/p>\n<p>L&#8217;appareil photo minute trouve son origine dans les appareils automatiques (pr\u00e9-photomaton) qui ne donnaient pas de bons r\u00e9sultats. Ils \u00e9taient fabriqu\u00e9s \u00e0 Barcelone par la soci\u00e9t\u00e9 Electra, qui, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, les proposait \u00ab aux photographes, amateurs et personnes d\u00e9sireuses d&#8217;exploiter les nouveaut\u00e9s lors de foires, festivals et march\u00e9s \u00bb, et par celle d&#8217;Enric Bargu\u00e9s (1883-1967), brevet\u00e9e en 1917, \u00ab qui facilitait au mieux le travail du photographe et qui a surv\u00e9cu jusqu&#8217;\u00e0 nos jours pratiquement sans modification \u00bb (<em>R\u00e9f\u00e9rence : Salvador Ti\u00f3<\/em>).<\/p>\n<p>Cependant, le plus souvent, la chambre photographique \u00e9tait fabriqu\u00e9e par les photographes eux-m\u00eames ou command\u00e9e \u00e0 un menuisier. Il s&#8217;agit d&#8217;une grande bo\u00eete contenant l&#8217;appareil photo et le laboratoire, avec les seaux pour les solutions de d\u00e9veloppement et de fixation. Apr\u00e8s la prise de vue, effectu\u00e9e comme avec n&#8217;importe quel autre appareil, un orifice lat\u00e9ral dans la bo\u00eete, muni d&#8217;une gaine, permet au photographe d&#8217;introduire la main pour r\u00e9aliser le d\u00e9veloppement. On obtient ainsi un n\u00e9gatif sur papier qui, une fois fix\u00e9, est plac\u00e9 sur un support devant l&#8217;appareil et photographi\u00e9 \u00e0 nouveau afin de r\u00e9p\u00e9ter les op\u00e9rations \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la bo\u00eete et d&#8217;obtenir un positif (une photographie). Ce dernier est lav\u00e9 dans un seau d&#8217;eau, accessoire indispensable de la chambre photographique et appel\u00e9 \u00ab photo ag\u00fcita \u00bb dans certains pays d&#8217;Am\u00e9rique latine.<\/p>\n<p>Le papier le plus couramment utilis\u00e9 \u00e9tait le papier pour cartes postales, achet\u00e9 tout fait, et mesurant 13,7 \u00d7 8,8 cm, mais il n&#8217;\u00e9tait pas rare, surtout dans les ann\u00e9es d&#8217;apr\u00e8s-guerre, qu&#8217;il soit coup\u00e9 en deux et que les copies aient la taille d&#8217;une demi-carte, 7&nbsp;\u00d7&nbsp;9&nbsp;cm, ou m\u00eame parfois d&#8217;un quart.<\/p>\n<h4><strong>La photo \u00e9tait une f\u00eate<\/strong><\/h4>\n<p>Comme tout le processus se d\u00e9roule \u00e0 la vue de tous et en plein jour, prendre une photo sur le vif est bien plus qu&#8217;une simple image flatteuse ; c&#8217;est un jeu, une exp\u00e9rience nouvelle et fascinante. C&#8217;est pourquoi, de par son faible co\u00fbt et sa large diffusion, ce type de photographie a perdur\u00e9 pendant la Guerre civile et a connu un essor consid\u00e9rable dans les ann\u00e9es 1940 et 1950, p\u00e9riode o\u00f9 les ressources \u00e9taient limit\u00e9es.<\/p>\n<p>Pour rendre la photographie plus ludique, les photographes itin\u00e9rants emportaient de petits d\u00e9cors, parmi lesquels ceux \u00e9voquant le mouvement et le voyage \u2013 bateaux, ballons, voitures et avions \u2013 \u00e9taient particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9s. Parfois, ces m\u00eames d\u00e9cors \u00e9taient utilis\u00e9s en studio, comme chez Elizondo, ou des sc\u00e8nes d&#8217;enfants \u00ab&nbsp;\u00e0 la p\u00eache&nbsp;\u00bb. Jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, Roser Rafel (1923-2024), photographe originaire de Sort, disposait dans son studio de deux rideaux peints au milieu desquels elle r\u00e9alisait des portraits \u00ab en vol \u00bb (Figure 4).<\/p>\n<figure id=\"attachment_7521\" aria-describedby=\"caption-attachment-7521\" style=\"width: 643px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-7182\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sort-202-1440x1080.jpg\" alt=\"(Figure 4) D\u00e9cor de la photographe Roser Rafel, \u00e0 Sort. Photo : Collection Maria de los Santos Garcia-Felguera.\" width=\"653\" height=\"490\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sort-202-1440x1080.jpg 1440w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sort-202-300x225.jpg 300w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sort-202-768x576.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sort-202-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/sort-202-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 653px) 100vw, 653px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7521\" class=\"wp-caption-text\">(Figure 4) D\u00e9coration de la photographe Roser Rafel, \u00e0 Sort. Photo : Collection Maria de los Santos Garcia-Felguera.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, ce type de photographie faisait partie des festivit\u00e9s, comme le montre clairement cette liste d&#8217;attractions \u00e0 Palma de Majorque pour les festivit\u00e9s du dimanche des Rameaux de 1920 : \u00ab Il y avait [&#8230;] des stands vendant des dattes, des churros, des noisettes, des bonbons et autres friandises, des ustensiles de cuisine, des c\u00e9ramiques en porcelaine peinte, des stands de tombola, des man\u00e8ges de chevaux, des stands de tir, des photographes et mille autres [endroits]. \u00bb<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la photographie \u00e0 la minute, ce que les proches d&#8217;un duc pouvaient poss\u00e9der au XIXe si\u00e8cle \u2013 un portrait sur un bateau \u2013 \u00e9tait \u00e0 la port\u00e9e de toutes les familles du XXe si\u00e8cle, y compris des cygnes et m\u00eame un temple antique. Les bateaux repr\u00e9sent\u00e9s sont de toutes sortes : une simple barque, comme celle des femmes de Pampelune ; des paquebots postaux de la Compa\u00f1\u00eda Trasatl\u00e1ntica, tels que l&#8217;<em>Alfonso XIII<\/em> et le <em>Reina Victoria Eugenia<\/em>, ce dernier ayant navigu\u00e9 entre 1913 et 1934 et transportant douze personnes ; ou encore le <em>Rey Jaime I<\/em> (un paquebot de l&#8217;Isle\u00f1a Mar\u00edtima entre 1911 et 1916), \u00e0 bord duquel deux femmes \u00ab&nbsp;sauvent&nbsp;\u00bb sans grande conviction un homme tomb\u00e9 \u00e0 l&#8217;eau. Les navires de guerre en plein combat ne manquent pas non plus, ce qui, aussi surprenant que cela puisse para\u00eetre, \u00e9tait courant \u00e0 la fin de la guerre civile espagnole et pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur une photographie de 1942, un groupe de jeunes hommes \u2014 plut\u00f4t joyeux, sans doute gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;alcool \u2014 jouent sur un navire de guerre, sous un ciel rempli d&#8217;avions de chasse, \u00e0 Tossa de Mar pendant la f\u00eate de la Saint-\u00c9tienne.<\/p>\n<p>Comme il s&#8217;agissait d&#8217;un travail effectu\u00e9 dans la rue, les photographes \u00ab&nbsp;minuteurs&nbsp;\u00bb \u00e9taient principalement des hommes, mais il y avait aussi des femmes, comme Salvadora Forti\u00e0, mari\u00e9e \u00e0 Ricard Pla Maranges, qui proposaient des \u00ab photos \u00e0 la minute \u00bb dans les jardins de La Devesa \u00e0 G\u00e9rone depuis 1933.<\/p>\n<p>La pratique de ce type de photographie s&#8217;est maintenue depuis le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, a r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la Guerre civile gr\u00e2ce \u00e0 son faible co\u00fbt, et a connu un regain de popularit\u00e9 dans les ann\u00e9es 1940 (permettant de maintenir l&#8217;illusion d&#8217;une certaine normalit\u00e9 au sein de l&#8217;Espagne autarcique) et a perdur\u00e9 jusqu&#8217;aux ann\u00e9es 1960, lorsque le d\u00e9veloppement \u00e9conomique a permis \u00e0 tous les foyers et \u00e0 toutes les classes sociales, y compris les femmes actives, d&#8217;acqu\u00e9rir un appareil photo Kodak Instamatic. D\u00e8s lors, la photographie domestique, avec ses appareils faciles \u00e0 charger et \u00e0 d\u00e9velopper, et la photographie couleur, ont progressivement mis au ch\u00f4mage ces photographes ambulants.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s peu de photographes \u00e0 la minute ont surv\u00e9cu, mais ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 et avec l\u2019immat\u00e9rialisation de la photographie \u2013 le besoin de toucher \u00e0 nouveau les photos, de leur donner un corps physique, de les tenir entre ses mains ou de les conserver ailleurs que dans le nuage, s\u2019est fait sentir. C\u2019est pourquoi, \u00e0 l\u2019instar des tirages au collodion sur verre et m\u00e9tal, des papiers albumin\u00e9s et sal\u00e9s, des cyanotypes, des n\u00e9gatifs sur papier, des daguerr\u00e9otypes ou des bromolis, on assiste \u00e0 une renaissance de la photographie au format minute. Et aujourd\u2019hui, il n\u2019est pas rare de croiser des photographes utilisant ce format pr\u00e8s de l\u2019Arc de Triomf \u00e0 Barcelone ou du Palau Maricel \u00e0 Sitges.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7966\" aria-describedby=\"caption-attachment-7966\" style=\"width: 493px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7943 \" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Ninos-pescando-345x225.jpg\" alt=\"Photographie anonyme. Enfants p\u00eachant, Barcelone. Photo : MMB.\" width=\"503\" height=\"328\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Ninos-pescando-345x225.jpg 345w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Ninos-pescando-768x501.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Ninos-pescando.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 503px) 100vw, 503px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7966\" class=\"wp-caption-text\">Photographie anonyme. Enfants p\u00eachant, Barcelone. Photo : MMB.<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Photographie \u00e0 la minute et jeu<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":7178,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[122],"tags":[191],"class_list":["post-7156","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-la-cale","tag-191"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7156","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7156"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7156\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7980,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7156\/revisions\/7980"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7178"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7156"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7156"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7156"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}