{"id":7348,"date":"2026-04-30T09:52:58","date_gmt":"2026-04-30T09:52:58","guid":{"rendered":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/?p=7348"},"modified":"2026-04-30T10:32:58","modified_gmt":"2026-04-30T10:32:58","slug":"argo16-dossier2-les-femmes-dans-les-phares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/argo16-dossier2-les-femmes-dans-les-phares\/","title":{"rendered":"Les femmes dans les phares"},"content":{"rendered":"<p>Traditionnellement, les phares \u00e9taient des lieux o\u00f9 les femmes n&#8217;\u00e9taient pas autoris\u00e9es \u00e0 travailler. Paradoxalement, cette interdiction relevait davantage de l&#8217;autorit\u00e9 que de la r\u00e9alit\u00e9, car depuis l&#8217;Antiquit\u00e9, il \u00e9tait valoris\u00e9 que le gardien de phare ait une famille, facilitant ainsi l&#8217;entretien et le logement. Bien que de nombreuses femmes y vivaient comme \u00e9pouses ou filles de gardiens de phare et collaboraient \u00e0 l&#8217;entretien des signaux, rares \u00e9taient celles qui pouvaient acc\u00e9der au poste de gardien. Pendant des d\u00e9cennies, elles furent consid\u00e9r\u00e9es comme faibles ou incapables d&#8217;un travail technique et exigeant, en raison du machisme et d&#8217;un paternalisme mal compris. La premi\u00e8re femme \u00e0 int\u00e9grer officiellement le Corps fut Margarita Frontera Pascual, en mars 1969. Elle fut suivie, en 1973, par Mar\u00eda Amable Traba, Mar\u00eda Cristina Fern\u00e1ndez Pasantes et Dolores Papis Ib\u00e1\u00f1ez puis, en 1979 par Elvira Pujol Font.<\/p>\n<p>Une autre raison fondamentale expliquant la pr\u00e9sence de seulement vingt-six gardiennes de phare contre plus de mille hommes dans notre histoire tient au temps tr\u00e8s limit\u00e9 dont les femmes ont dispos\u00e9 pour postuler. En 1992, un d\u00e9cret gouvernemental a d\u00e9clar\u00e9 la profession \u00ab \u00e0 supprimer \u00bb. De 1969 \u00e0 sa suppression en 1992, les femmes n&#8217;ont eu que vingt-trois ans pour acc\u00e9der \u00e0 cet emploi public.<\/p>\n<h4><strong>Les pionni\u00e8res<\/strong><\/h4>\n<p>Jusqu&#8217;en 1969, date du premier concours ouvert aux hommes et aux femmes, les \u00e9pouses et les filles des gardiens de phare participaient \u00e0 l&#8217;entretien des phares. Dans certains pays europ\u00e9ens, cette aide f\u00e9minine \u00e9tait reconnue et r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e. En Espagne, en revanche, cette t\u00e2che restait rel\u00e9gu\u00e9e dans l&#8217;ombre, sans salaire ni reconnaissance.<\/p>\n<p>Seules deux femmes se pr\u00e9sent\u00e8rent au premier concours ; l\u2019une d\u2019elles, la Majorquine Margarita Frontera, r\u00e9ussit les \u00e9preuves et devint la premi\u00e8re gardienne de phare espagnole. Cependant, bien avant que Frontera n\u2019allume sa lanterne, d\u2019autres femmes avaient veill\u00e9 sur les phares par n\u00e9cessit\u00e9, par devoir ou par amour. Quatre cas document\u00e9s \u2013 et probablement bien d\u2019autres rest\u00e9s dans l\u2019ombre \u2013 t\u00e9moignent de ce travail avant sa reconnaissance officielle.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re fut Melitona Mart\u00edn Caballero, qui, en 1926, rempla\u00e7a son mari malade au phare de Punta Cumplida (La Palma). Les ing\u00e9nieurs locaux approuv\u00e8rent la proposition du gardien de phare subalterne Rafael Garc\u00eda, bien qu&#8217;il n&#8217;ait jamais \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 si le minist\u00e8re avait valid\u00e9 cette nomination ni si Mart\u00edn Caballero avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e. Son cas fut n\u00e9anmoins consign\u00e9 : celui d&#8217;une femme exer\u00e7ant le m\u00e9tier de gardienne de phare par pure n\u00e9cessit\u00e9 et \u00e0 contre-courant du machisme ambiant.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, Manuela Garc\u00eda Orts succ\u00e9da \u00e0 son p\u00e8re, Higinio Garc\u00eda Blasco, au phare des \u00eeles Columbretes. Son remplacement ult\u00e9rieur par son fr\u00e8re Francisco, qui approuvera plus tard l&#8217;opposition au Corps des gardiens de phares, d\u00e9montra l&#8217;impossibilit\u00e9 pour elle, malgr\u00e9 ses comp\u00e9tences, d&#8217;aspirer \u00e0 la m\u00eame reconnaissance.<\/p>\n<p>Toujours aux Columbretes, entre 1934 et 1935, Josefa Castell\u00f3 G\u00f3mez travailla comme aide-gardienne. On sait peu de choses sur sa r\u00e9mun\u00e9ration ou ses t\u00e2ches, mais son nom figure parmi les derni\u00e8res pionni\u00e8res \u00e0 avoir occup\u00e9 ce poste avant l&#8217;arriv\u00e9e des v\u00e9ritables gardiennes de phares.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7493\" aria-describedby=\"caption-attachment-7493\" style=\"width: 617px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-7360\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/melitona_retouch-1440x1080.jpg\" alt=\"Portrait de Melitona Mart\u00edn Caballero et de son mari, gardien de phare. Melitona dut le remplacer pour cause de maladie, devenant ainsi l'une des premi\u00e8res gardiennes de phare d'Espagne, bien que de forme non officielle. Photo : Archives familiales. Argo 16. Mus\u00e9e maritime de Barcelone.\" width=\"627\" height=\"471\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/melitona_retouch-1440x1080.jpg 1440w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/melitona_retouch-300x225.jpg 300w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/melitona_retouch-768x576.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/melitona_retouch-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/melitona_retouch-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 627px) 100vw, 627px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7493\" class=\"wp-caption-text\">Portrait de Melitona Mart\u00edn Caballero et de son mari, gardien de phare. Melitona dut le remplacer pour cause de maladie, devenant ainsi l&#8217;une des premi\u00e8res gardiennes de phare d&#8217;Espagne, bien que de forme non officielle. Photo : Archives familiales.<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_7492\" aria-describedby=\"caption-attachment-7492\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-7359\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/margalida-AF-871x1080.jpg\" alt=\"La Majorquine Margalida Frontera fut la premi\u00e8re gardienne de phare de l'\u00c9tat espagnol. Photo : Archives familiales Frontera.\" width=\"600\" height=\"745\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/margalida-AF-871x1080.jpg 871w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/margalida-AF-181x225.jpg 181w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/margalida-AF-768x953.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/margalida-AF-1238x1536.jpg 1238w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/margalida-AF-1651x2048.jpg 1651w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7492\" class=\"wp-caption-text\">La Majorquine Margalida Frontera fut la premi\u00e8re gardienne de phare de l&#8217;\u00c9tat espagnol. Photo&nbsp;: Archives familiales Frontera.<\/figcaption><\/figure>\n<h4><strong>Un plaidoyer pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9<\/strong><\/h4>\n<p>Cependant, aucune histoire n&#8217;est aussi r\u00e9v\u00e9latrice que celle d&#8217;Elo\u00edsa Trull San\u00e9s, la troisi\u00e8me femme document\u00e9e \u00e0 avoir travaill\u00e9 dans un phare espagnol, et la seule dont le combat a transcend\u00e9 la sph\u00e8re domestique pour devenir un plaidoyer pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>N\u00e9e \u00e0 Roses en 1909, Elo\u00edsa Trull \u00e9tait la fille du gardien de phare Felipe Trull Pujol, affect\u00e9 au phare de Sant Sebasti\u00e0, \u00e0 G\u00e9rone. En mai 1930, lorsque le gardien de phare en chef, Josep Oliver Sastre, prit sa retraite, son p\u00e8re lui proposa de prendre le poste d&#8217;agent de service, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 \u00e0 hauteur de huit pesetas par jour. Sa candidature fut accept\u00e9e \u00e0 titre provisoire et, le 1er juin 1930, Elo\u00edsa Trull commen\u00e7a \u00e0 travailler comme assistante gardienne de phare.<\/p>\n<p>Pendant vingt-neuf jours, elle s&#8217;acquitta de toutes ses fonctions avec comp\u00e9tence, jusqu&#8217;\u00e0 la r\u00e9ception de la r\u00e9ponse de la Direction g\u00e9n\u00e9rale : sa nomination \u00e9tait annul\u00e9e. Il fut all\u00e9gu\u00e9 que le poste \u00e9tait en cours de pourvoi et que, de toute fa\u00e7on, \u00ab il n&#8217;\u00e9tait pas jug\u00e9 appropri\u00e9 de nommer des femmes \u00e0 des postes de cette nature \u00bb. Elo\u00edsa Trull ne re\u00e7ut aucune r\u00e9mun\u00e9ration. Le jour m\u00eame, le nouveau gardien de phare, Enrique Pujol Garc\u00eda, fut affect\u00e9 au phare. Plus tard, Trull l&#8217;\u00e9pouserait et ensemble, ils consacreraient leur vie au service des phares, poursuivant, sous une autre forme, la vocation qui l&#8217;animait depuis sa jeunesse.<\/p>\n<p>En 1932, encourag\u00e9 par le climat d&#8217;ouverture de la Seconde R\u00e9publique, Felipe Trull insista de nouveau, demandant cette fois que son \u00e9pouse, Mar\u00eda Cortada Corredor, soit nomm\u00e9e employ\u00e9e. Sa requ\u00eate fut une fois encore rejet\u00e9e au moyen d&#8217;arguments bureaucratiques et sur un ton m\u00e9prisant envers le gardien du phare, auquel on reprocha \u00ab&nbsp;son manque de respect pour s&#8217;\u00eatre adress\u00e9 directement \u00e0 ses sup\u00e9rieurs&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Ce double refus marqua un tournant. La tentative des Trull d&#8217;ouvrir la voie aux femmes fut punie, et leur pers\u00e9v\u00e9rance fut per\u00e7ue comme un manque de discipline. L&#8217;administration fit bloc et annihila toute possibilit\u00e9 pour une femme d&#8217;\u00eatre reconnue dans la profession.<\/p>\n<p>Elo\u00edsa Trull est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 Sant Carles de la R\u00e0pita en 2000, sans jamais avoir re\u00e7u la reconnaissance qu&#8217;elle m\u00e9ritait pour ce mois de travail qui fit d&#8217;elle, malgr\u00e9 elle, la premi\u00e8re gardienne de phare catalane et l&#8217;une des grandes pionni\u00e8res espagnoles. Il faudra attendre trente-neuf ans avant qu&#8217;une autre femme puisse enfin exercer officiellement cette profession.<\/p>\n<h4><strong>La premi\u00e8re gardienne de phare<\/strong><\/h4>\n<p>Margarita Frontera Pascual fut la premi\u00e8re femme \u00e0 int\u00e9grer officiellement le Corps des techniciens m\u00e9caniciens de signalisation maritime. N\u00e9e \u00e0 Majorque, elle se destinait \u00e0 l&#8217;enseignement lorsque son fr\u00e8re Antonio, gardien de phare, lui transmit sa fascination pour ce m\u00e9tier. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1960 en Espagne, les femmes n&#8217;\u00e9taient pas admises dans la plupart des instances minist\u00e9rielles, mais tout changea lorsqu&#8217;elles furent autoris\u00e9es, pour la premi\u00e8re fois, \u00e0 int\u00e9grer divers organismes d&#8217;\u00c9tat. Margarita Frontera se pr\u00e9para avec d\u00e9termination aux concours d&#8217;entr\u00e9e, accompagn\u00e9e de son fianc\u00e9, Bernardo Reus. Tous deux r\u00e9ussirent et se mari\u00e8rent peu avant leur prise de fonctions, inaugurant ainsi une nouvelle tradition dans le monde des phares : les couples de gardiens de phare.<br \/>\nSon arriv\u00e9e ne passa pas inaper\u00e7ue. En 1969, certains journaux des Bal\u00e9ares publi\u00e8rent un bref article soulignant qu&#8217;une femme avait rejoint pour la premi\u00e8re fois le corps des gardiens de phare espagnols. Une photo d&#8217;elle et de son mari parut dans plusieurs journaux et magazines nationaux.<\/p>\n<p>Sa premi\u00e8re affectation fut la station DECCA de Sant Joan del Riu. C&#8217;\u00e9tait l&#8217;occasion de travailler avec son mari et de consolider leur vie commune au service de la signalisation maritime. Leur premier enfant y naquit. Apr\u00e8s plus de trois ans, ils obtinrent une mutation au phare du Cap de Creus, \u00e0 G\u00e9rone. Ces ann\u00e9es furent parmi les plus heureuses de sa vie. La famille appr\u00e9ciait les criques environnantes et la tranquillit\u00e9 du lieu.<\/p>\n<p>Le couple souhaitait retourner dans son pays d&#8217;origine et savait qu&#8217;il serait tr\u00e8s difficile de trouver deux emplois simultan\u00e9ment ; Frontera a donc demand\u00e9 un cong\u00e9, a r\u00e9ussi les examens d&#8217;enseignement et a commenc\u00e9 \u00e0 travailler comme enseignante, tout en continuant \u00e0 vivre dans le phare avec son mari.<\/p>\n<p>Le destin les ramena \u00e0 Majorque, o\u00f9 Reus trouva un emploi et Frontera un poste dans une \u00e9cole rurale o\u00f9 elle travailla jusqu&#8217;\u00e0 sa retraite anticip\u00e9e pour raisons de sant\u00e9. Bien qu&#8217;ayant quitt\u00e9 le service actif des phares, elle resta toujours attach\u00e9e \u00e0 ce monde.<br \/>\nMargarita Frontera n&#8217;a pas exerc\u00e9 la fonction de gardienne de phare pendant de nombreuses ann\u00e9es, mais son empreinte fut profonde. Elle a bris\u00e9 un tabou institutionnel et symbolique, d\u00e9montrant que les femmes pouvaient elles aussi veiller sur les phares qui guident les navigateurs.<\/p>\n<h4><strong>Elvira Pujol Font, la voix d&#8217;une \u00e9poque r\u00e9volue<\/strong><\/h4>\n<p>L&#8217;histoire d\u2019Elvira Pujol nous arrive d&#8217;une mani\u00e8re diff\u00e9rente. Son t\u00e9moignage ne provient pas uniquement de sources documentaires, mais du contact direct au cours de cinq ann\u00e9es de conversations et de rencontres. Sa participation au long-m\u00e9trage <em>Aunque seamos islas<\/em>, ainsi qu&#8217;\u00e0 l&#8217;exposition <em>Fareras. La luz que nos gu\u00eda, <\/em>a \u00e9t\u00e9 essentielle pour pr\u00e9server la m\u00e9moire vivante d&#8217;une profession en voie de disparition. Ce qui suit est construit \u00e0 partir de sa propre voix.<\/p>\n<p>Pujol est n\u00e9 en septembre 1950 \u00e0 Emp\u00faries, ville c\u00f4ti\u00e8re de la commune de L&#8217;Escala. L&#8217;enseignement \u00e9tait sa premi\u00e8re vocation, mais vers la fin des ann\u00e9es soixante-dix, une nouvelle parue dans le BOE a \u00e9veill\u00e9 sa curiosit\u00e9 : un appel \u00e0 candidatures pour le Corps des techniciens m\u00e9caniciens de signalisation maritime.<\/p>\n<p>Elvira Pujol a trouv\u00e9 dans ce m\u00e9tier ce qu&#8217;elle recherchait : un \u00e9quilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Elle a d\u00e9cid\u00e9 de passer l&#8217;examen en 1979. Apr\u00e8s son stage, elle a d&#8217;abord \u00e9t\u00e9 affect\u00e9e au Centre technique de signalisation maritime d&#8217;Alcobendas, puis, \u00e0 titre provisoire, comme rempla\u00e7ante au sein du r\u00e9seau DECCA \u00e0 Ronda, o\u00f9 elle est rest\u00e9e six mois.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 G\u00e9rone, apr\u00e8s un s\u00e9jour comme assistante au phare de Sant Sebasti\u00e0 \u00e0 Palafrugell, elle devint gardienne de phare suppl\u00e9ante pour la province. Elle travailla dans tous les phares de la c\u00f4te jusqu&#8217;en 1982, date \u00e0 laquelle elle fut nomm\u00e9e au poste de Cap de Creus, o\u00f9 elle resta jusqu&#8217;en 2002. Durant ces deux d\u00e9cennies, elle fut t\u00e9moin des profonds bouleversements dans la gestion du syst\u00e8me des phares. En 1992, le d\u00e9cret dit d&#8217;extinction fut promulgu\u00e9, et un an plus tard, le transfert des comp\u00e9tences du minist\u00e8re des Travaux publics et de l&#8217;Am\u00e9nagement du territoire aux autorit\u00e9s portuaires eut lieu, contraignant les techniciens \u00e0 choisir entre conserver leur emploi dans la fonction publique ou devenir dockers. Pujol choisit de poursuivre sa carri\u00e8re et devint employ\u00e9e au port de Barcelone. Le coup le plus dur, cependant, survint en 2001, avec la perte de son droit au logement. Pour elle, ce changement signifiait la rupture d&#8217;un lien essentiel : \u00eatre gardienne de phare sans phare n&#8217;avait plus aucun sens.<\/p>\n<p>L&#8217;histoire de Pujol ne se contente pas de retracer le parcours d&#8217;une femme dans un monde d&#8217;hommes, elle marque aussi la fin d&#8217;une \u00e9poque. Elle incarne la transition entre la gardienne de phare qui habitait la lumi\u00e8re et la technologie qui la tient \u00e0 distance. Dans sa voix, on per\u00e7oit ce que son travail repr\u00e9sentait pour elle :<\/p>\n<p><strong>\u00ab Tenter de d\u00e9crire ce que l&#8217;exp\u00e9rience de tout cela a repr\u00e9sent\u00e9, au cours de ces vingt ann\u00e9es, devient une t\u00e2che complexe, o\u00f9 l&#8217;objectivit\u00e9 et la subjectivit\u00e9 se confondent de telle mani\u00e8re qu&#8217;il est difficile de l&#8217;expliquer.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les param\u00e8tres qui ont justifi\u00e9 l&#8217;importance que j&#8217;ai mise en avant dans ce travail peuvent se r\u00e9sumer, en quelques mots, \u00e0 la mission de veiller sur les installations, de les entretenir et de les pr\u00e9server afin d&#8217;assurer un service d&#8217;orientation continu, sous forme de signalisation lumineuse. Et tout cela, depuis le phare du Cap de Creus ! <\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce regard est rest\u00e9 comme un substrat latent, conf\u00e9rant une dimension nouvelle \u00e0 ce qui aurait pu n&#8217;\u00eatre qu&#8217;une simple ex\u00e9cution. Je tiens \u00e0 souligner l&#8217;importance du lieu, \u00e9l\u00e9ment essentiel de tout ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper et \u00e0 encourager ce processus vital. Peut-\u00eatre aussi, une mani\u00e8re d&#8217;\u00eatre au monde.&nbsp;\u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9cret d&#8217;extinction marqua le d\u00e9but de la fin. Le phare, son gardien et son associ\u00e9, symboles de vie pour des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res, disparaissaient. Ce compte \u00e0 rebours jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;abandon du dernier phare signifiait la fin d&#8217;une profession li\u00e9e \u00e0 un mode de vie solitaire, \u00e0 une vocation de solidarit\u00e9 et \u00e0 un lien profond avec la mer et la nature.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, il reste \u00e0 peine seize phares habit\u00e9s, et trois seulement ont des gardiens : Carmen Rosa Carracedo, \u00e0 l&#8217;Estaca de Bares ; Cristina Garc\u00eda-Capelo, \u00e0 Machichaco, et Margarita Peralta Vaquero, \u00e0 San Crist\u00f3bal de La Gomera.<\/p>\n<p>\u00c0 chaque d\u00e9part \u00e0 la retraite d&#8217;un gardien ou une gardienne de phare, le phare se retrouve vide. Ils sont la premi\u00e8re et la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 fermer la porte, sans laisser de successeur.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7747\" aria-describedby=\"caption-attachment-7747\" style=\"width: 1190px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-7362\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Punta-sArenella-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-scaled-e1774539915518-1920x1031.jpg\" alt=\"Elvira Pujol, la derni\u00e8re gardienne de phare, sur le chemin menant au phare de Punta s'Arenella, \u00e0 Port de la Selva. Photo : Cristina Rodr\u00edguez Paz. Argo 16. Mus\u00e9e maritime de Barcelone.\" width=\"1200\" height=\"644\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Punta-sArenella-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-scaled-e1774539915518-1920x1031.jpg 1920w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Punta-sArenella-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-scaled-e1774539915518-400x215.jpg 400w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Punta-sArenella-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-scaled-e1774539915518-768x412.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Punta-sArenella-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-scaled-e1774539915518-1536x825.jpg 1536w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Punta-sArenella-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-scaled-e1774539915518-2048x1100.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7747\" class=\"wp-caption-text\">Elvira Pujol, la derni\u00e8re gardienne de phare, sur le chemin menant au phare de Punta s&#8217;Arenella, \u00e0 Port de la Selva. Photo : Cristina Rodr\u00edguez Paz.<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_7355\" aria-describedby=\"caption-attachment-7355\" style=\"width: 1190px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-7352\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Linterna-Cap-de-Creus-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-1906x1080.jpg\" alt=\"Elvira Pujol devant la lanterne du phare de Cap de Creus. Photo : Cristina Rodr\u00edguez Paz. Argos 16. Mus\u00e9e maritime de Barcelone.\" width=\"1200\" height=\"680\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Linterna-Cap-de-Creus-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-1906x1080.jpg 1906w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Linterna-Cap-de-Creus-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-397x225.jpg 397w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Linterna-Cap-de-Creus-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-300x169.jpg 300w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Linterna-Cap-de-Creus-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-768x435.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Linterna-Cap-de-Creus-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-1536x870.jpg 1536w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Elvira-Pujol-en-Linterna-Cap-de-Creus-foto-de-Cristina-rodriguez-Paz-2048x1161.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7355\" class=\"wp-caption-text\">Elvira Pujol au phare du Cap de Creus. Photo : Cristina Rodr\u00edguez Paz.<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des pionni\u00e8res qui ont illumin\u00e9 la mer<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":7355,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[117],"tags":[191],"class_list":["post-7348","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier-fr","tag-191"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7348","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7348"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7348\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7804,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7348\/revisions\/7804"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7355"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7348"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7348"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7348"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}