{"id":8331,"date":"2026-07-13T06:34:48","date_gmt":"2026-07-13T06:34:48","guid":{"rendered":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/?p=8331"},"modified":"2026-07-29T13:56:19","modified_gmt":"2026-07-29T13:56:19","slug":"le-jabegote","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/le-jabegote\/","title":{"rendered":"Le jabegote"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_8565\" aria-describedby=\"caption-attachment-8565\" style=\"width: 1822px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8349\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Unknown-2.jpeg\" alt=\"Cante de jabegotes, avec Miguel L\u00f3pez Castro. Photo : Fonds Miguel L\u00f3pez Castro.\" width=\"1832\" height=\"918\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Unknown-2.jpeg 1832w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Unknown-2-400x200.jpeg 400w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Unknown-2-768x385.jpeg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Unknown-2-1536x770.jpeg 1536w\" sizes=\"(max-width: 1832px) 100vw, 1832px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8565\" class=\"wp-caption-text\"><em>Cante de jabegotes<\/em>, avec Miguel L\u00f3pez Castro. Photo : Fonds Miguel L\u00f3pez Castro.<\/figcaption><\/figure>\n<h4><strong>Le <em>jabegote <\/em>: les racines d&#8217;un fandango indomptable et frontalier<\/strong><\/h4>\n<p>Le littoral malagu\u00e8ne ne peut pas seulement \u00eatre compris \u00e0 travers ses caract\u00e9ristiques g\u00e9ographiques ou son d\u00e9veloppement urbanistique : sa v\u00e9ritable essence r\u00e9side dans le profil des bateaux de p\u00eache de x\u00e0vega (un style de p\u00eache artisanale) et dans l&#8217;\u00e9cho des hommes et femmes qui, durant des si\u00e8cles, ont fait du sable leur foyer, leur gagne-pain et le cadre de leur vie. Sur ce littoral naquit l&#8217;un des bijoux les plus singuliers et, souvent, les moins connus du patrimoine immat\u00e9riel de notre terre : le <em>cante de<\/em> <em>jabegotes<\/em>.<\/p>\n<p>Ce chant, que les habitants de la plage \u2013 commun\u00e9ment appel\u00e9s <em>marengos<\/em> ou <em>jabegotes \u2013<\/em> entonnaient dans leurs t\u00e2ches quotidiennes, est d&#8217;une valeur inestimable. Dans ces lignes, je tente de saisir son histoire, ses valeurs, et ce lien invisible qui unit le bois s\u00e9culaire d&#8217;une embarcation aussi embl\u00e9matique que le <em>Mar\u00eda del Carmen<\/em> \u00e0 la voix courageuse et d\u00e9chirante de ceux qui l&#8217;occupaient.<\/p>\n<p>Le <em>jabegote<\/em> est, d&#8217;un point de vue technique et musicologique, un <em>fandango abandolao<\/em>. Pour en comprendre la nature, il faut se r\u00e9f\u00e9rer au <em>verdial<\/em>, la r\u00e9f\u00e9rence la plus ancienne et la plus tellurique du folklore malagu\u00e8ne, dont sont issus la quasi-totalit\u00e9 des fandangos de la province.<\/p>\n<p>Concernant son contexte musical, outre le <em>verdial<\/em>, j&#8217;ai moi-m\u00eame d\u00e9fendu dans plusieurs publications \u2013 et c&#8217;est souvent n\u00e9glig\u00e9&nbsp;\u2013 sa parent\u00e9 avec la <em>playera<\/em>. Traditionnellement, l&#8217;historiographie du flamenco a li\u00e9 la <em>playera <\/em>presque exclusivement \u00e0 la configuration de la <em>seguiriya<\/em>, en se fondant sur un lien s\u00e9mantique suppos\u00e9 avec la ploranera, d\u00fb \u00e0 la charge \u00e9motionnelle de la douleur profonde.<\/p>\n<p>Cependant, ma th\u00e8se \u2014 \u00e9tay\u00e9e par des ann\u00e9es d&#8217;observation et d&#8217;\u00e9tude du milieu <em>marengo<\/em> \u2014 est que la <em>playera<\/em> a emprunt\u00e9 deux voies distinctes : l&#8217;une menant \u00e0 la profondeur tragique et quasi liturgique de la <em>seguiriya<\/em> du flamenco, et l&#8217;autre, plus lumineuse, rythm\u00e9e et \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l&#8217;office c\u00f4tier, qui a directement influenc\u00e9 le chant des <em>jabegotes<\/em>. Apr\u00e8s tout, \u00e9tymologiquement, <em>playera<\/em> vient directement de <em>playa<\/em>.<\/p>\n<p>Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une simple hypoth\u00e8se ; si l&#8217;on se r\u00e9f\u00e8re au t\u00e9moignage du voyageur polonais Carlos Dembowski, qui visita nos c\u00f4tes entre 1830 et 1840, on d\u00e9couvre des r\u00e9cits fascinants. Dembowski d\u00e9crit des sc\u00e8nes sur les plages de Malaga o\u00f9 hommes et femmes chantaient de courtes <em>playeras,<\/em> accompagn\u00e9s de guitares et de claquements de mains rythm\u00e9s, dansant en couples au cours des nuits d&#8217;\u00e9t\u00e9. Ces sc\u00e8nes n&#8217;\u00e9taient pas <em>des seguiriyas<\/em> ; elles \u00e9taient l&#8217;anc\u00eatre vivant de ce que nous appelons aujourd&#8217;hui le <em>jabegote<\/em>.<\/p>\n<p>Nous trouvons des preuves de cette dualit\u00e9 \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, dans l&#8217;\u0153uvre \u00ab La playera, op. 737 \u00bb d\u2019\u00d3scar de la Cinna. Dans cette pi\u00e8ce, qui fait partie de la collection <em>Brisas de Espa\u00f1a<\/em>, la m\u00e9trique et la voix qui chante correspondent \u00e0 une malagu\u00e8ne primitive : quatrains octosyllabes, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des s\u00e9guidilles espagnoles qui articulent les <em>seguiriyas<\/em>. Cette distinction est fondamentale pour redonner sa place au <em>jabegote<\/em> comme chant aux racines malagu\u00e8nes et marines, \u00e9liminant ainsi les \u00e9tiquettes qui ne lui correspondent pas.<\/p>\n<h4><strong>La survie d&#8217;un style : de Ni\u00f1o de las Moras \u00e0 l&#8217;enregistrement<\/strong><\/h4>\n<p>Avant que l&#8217;industrie discographique ne l&#8217;\u00e9tiquette officiellement comme <em>jabegote<\/em>, ce chant \u00e9tait connu de mani\u00e8re simple et humble comme <em>cante de<\/em> <em>marengos<\/em> ou chants des p\u00eacheurs. Sa survie jusqu&#8217;\u00e0 nos jours se doit \u00e0 des personnes qui se pos\u00e8rent en gardiens de la tradition orale \u00e0 un \u00e9poque o\u00f9 le flamenco commen\u00e7ait \u00e0 se professionnaliser et \u00e0 s&#8217;\u00e9loigner de ses racines fonctionnelles. Le personnage cl\u00e9 dans ce processus fut sans aucun doute Juan Ternero, connu sous le nom artistique de Ni\u00f1o de las Moras.<\/p>\n<p>Ce <em>cantaor<\/em> (chanteur), figure mythique du quartier d&#8217;El Palo, fut le lien entre la plage vierge et les sc\u00e8nes de la capitale. Non seulement il a pr\u00e9serv\u00e9 le style, mais il lui a aussi conf\u00e9r\u00e9 une dignit\u00e9 artistique qui a permis sa transmission aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes de <em>cantaores <\/em>locaux.<\/p>\n<p>Bien qu&#8217;enregistr\u00e9 en 1953 sous le nom de <em>fandango nuevo<\/em> par Juan Varea, c&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 sa ma\u00eetrise que des figures malagu\u00e8nes comme Antonio de Canillas et C\u00e1ndido de M\u00e1laga l&#8217;ont port\u00e9 sur vinyle. C&#8217;est notamment ce dernier qui, en 1963, sur l&#8217;album embl\u00e9matique <a href=\"https:\/\/youtu.be\/Wz2oUjMHYgw?is=GkQnv9oaJisbLM9J\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><em>Sabor a M\u00e1laga<\/em><\/a>, l&#8217;a enregistr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois sous le nom de <em>cante de jabegotes<\/em>, fixant ainsi son appellation technique pour la post\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<h4><strong>Le mythe de chanter en travaillant : une correction ethnographique<\/strong><\/h4>\n<p>La litt\u00e9rature romantique et les observateurs ext\u00e9rieurs ont souvent d\u00e9peint le p\u00eacheur chantant tout en accomplissant les t\u00e2ches les plus ardues de son m\u00e9tier. On a dit, presque po\u00e9tiquement, que le <em>jabegote<\/em> r\u00e9sonnait lorsque les hommes tiraient sur la ligne pour retirer le filet de x\u00e0vega, ou lorsqu&#8217;ils ramaient avec acharnement contre les vagues d&#8217;une temp\u00eate. Cependant, la r\u00e9alit\u00e9 physique du travail en mer est bien plus brutale et laisse peu de place au lyrisme dans les moments d&#8217;effort maximal.<\/p>\n<p>J&#8217;ai moi-m\u00eame tir\u00e9 sur la ligne \u00e0 de nombreuses reprises dans le cadre de mes recherches et de mon immersion dans cette culture. Dans ces moments-l\u00e0, le corps est enti\u00e8rement soumis \u00e0 un effort ana\u00e9robie ; l&#8217;air manque, les poumons br\u00fblent et le c\u0153ur bat si fort qu&#8217;il est physiquement impossible de maintenir la justesse, la ma\u00eetrise et le contr\u00f4le diaphragmatique n\u00e9cessaires \u00e0 un <em>jabegote<\/em> de qualit\u00e9. J&#8217;ai m\u00eame men\u00e9 des <a href=\"https:\/\/www.amigosjabega.org\/arte\/musica\/miguel-lopez-castro\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">exp\u00e9riences personnelles enregistr\u00e9es<\/a> : en ramant sur un bateau de x\u00e0vega, j&#8217;ai essay\u00e9 de chanter. R\u00e9sultat : j&#8217;ai d\u00fb m&#8217;arr\u00eater de ramer pour pouvoir \u00e9mettre les tierces du chant pendant que mes compagnons continuaient leur travail. Autrement, le <em>jabegote<\/em> \u00e9tait inacceptable, saccad\u00e9 et manquait de la puissance n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Mais alors, quand ce chant r\u00e9sonnait-il ? Le <em>jabegote<\/em> est un <a href=\"https:\/\/share.google\/JBUD7ee31fmKuwoAv\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">chant de pause<\/a>, de travail manuel artisanal, et non pas de grand effort. On l\u2019entendait surtout pendant le <em>sotarraje<\/em>, ce moment paisible et presque m\u00e9ditatif o\u00f9 les <em>marengos<\/em> et <em>marengas<\/em>, assis sur le sable \u00e0 l\u2019ombre d&#8217;un bateau \u00e9chou\u00e9, cousaient et r\u00e9paraient les filets avec leurs aiguilles en bois. On l&#8217;entendait aussi dans la voix du <em>cenachero,<\/em> le crieur public qui, avec ses <em>cenachos<\/em> (paniers) charg\u00e9s d&#8217;anchois ou de sardines fra\u00eechement p\u00each\u00e9s, arpentait les rues de Malaga. Cette t\u00e2che de marcher au rythme de la musique et de crier permettait la concentration n\u00e9cessaire pour ex\u00e9cuter les mouvements et la puissance du <em>jabegote<\/em>. Le chant accompagnait le travail artisanal et la vente, offrant un r\u00e9pit dans la monotonie des t\u00e2ches, et non le rythme de la p\u00eache. &nbsp;<\/p>\n<h4><strong>Le <em>Mar\u00eda del Carmen<\/em> : un si\u00e8cle d&#8217;histoire et de coh\u00e9sion sociale<\/strong><\/h4>\n<p>Si le chant est l&#8217;\u00e2me de cette culture, le bateau en est le corps mat\u00e9riel. Le <em>Mar\u00eda del Carmen<\/em> a aujourd&#8217;hui cent ans, un si\u00e8cle d&#8217;existence qui en fait un symbole vivant et un t\u00e9moin silencieux de la transformation de Malaga. Pour comprendre son importance, il faut remonter aux ann\u00e9es 1930. \u00c0 cette \u00e9poque, dans le seul quartier d&#8217;El Palo, on comptait une quarantaine de bateaux de x\u00e0vega en activit\u00e9, chacun avec son propre nom, sa propre histoire et sa propre personnalit\u00e9.<\/p>\n<p><em>M.\u00aa del Carmen sali\u00f3 al ard\u00e1 \/ a pescar los boquerones \/ y trajo las redes llenas de cultura de jabegotes.<\/em><\/p>\n<p>Chaque bateau n&#8217;\u00e9tait pas seulement la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de son capitaine ; il constituait un noyau dynamique de vie \u00e9conomique, sociale et relationnelle. Entre neuf et douze familles d\u00e9pendaient directement de chaque bateau, ce qui signifiait qu&#8217;une grande partie du voisinage \u00e9tait profond\u00e9ment li\u00e9e au bois de la coque. Le lien qui unissait les <em>jabegotes<\/em> \u00e0 leur bateau \u00e9tait d&#8217;une loyaut\u00e9 que nous aurions du mal \u00e0 comprendre aujourd&#8217;hui. L&#8217;identit\u00e9 d&#8217;un voisin ne se d\u00e9finissait pas par son nom de famille, son niveau d&#8217;instruction ou sa rue, mais par son appartenance \u00e0 un \u00e9quipage sp\u00e9cifique. La question habituelle pour situer quelqu&#8217;un dans la hi\u00e9rarchie sociale du quartier \u00e9tait : \u00ab<em> Toi, de quel bateau es-tu ?<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Le bateau \u00e9tait \u00e0 la fois une entreprise, une coop\u00e9rative de survie et un centre social. Il existait des rituels de coh\u00e9sion qui nous semblent aujourd&#8217;hui fascinants et qui renfor\u00e7aient l&#8217;id\u00e9e de communaut\u00e9, comme celui de l&#8217;<strong>\u00e9galit\u00e9 du bateau<\/strong>. Pour ce rituel, un barbier allait sur la rive de la mer, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du bateau, et faisait la m\u00eame coupe de cheveux \u00e0 tous les membres de l&#8217;\u00e9quipage. Ce geste, au-del\u00e0 de l&#8217;esth\u00e9tique ou de l&#8217;hygi\u00e8ne, \u00e9tait une d\u00e9claration d&#8217;\u00e9galit\u00e9 absolue et d&#8217;appartenance \u00e0 un groupe. Tous ob\u00e9issant au m\u00eame patron, tous partageant le m\u00eame risque en mer, tous \u00e9gaux devant les coups du sort.<\/p>\n<h4><strong>\u00c9thique et solidarit\u00e9 : la <em>garfa<\/em> et la justice du <em>rebalaje<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>La vie autour de la x\u00e0vega \u00e9tait r\u00e9gie par des lois non \u00e9crites de solidarit\u00e9 profonde et n\u00e9cessaire. Dans un contexte de subsistance extr\u00eame, le partage du poisson n&#8217;\u00e9tait pas une simple transaction commerciale, mais un acte de justice sociale communautaire. L&#8217;une des traditions les plus belles et les plus riches en valeurs morales \u00e9tait celle de la <em>garfa<\/em>. Il s&#8217;agissait d&#8217;une r\u00e9compense solidaire : une portion de poisson que l&#8217;employeur offrait non seulement aux employ\u00e9s qui avaient bien travaill\u00e9, mais aussi aux voisins qui avaient donn\u00e9 un coup de main de temps \u00e0 autre, aux veuves du quartier ou \u00e0 ceux qui \u00e9taient simplement dans le besoin et qui demandaient humblement \u00ab la <em>garfa<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><em>Tir\u00e9 temprano del copo \/ y me dieron mi garfa \/ mi madre estar\u00e1 contenta \/ hoy tiene algo que cocinar.<\/em><\/p>\n<p>Cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d\u00e9pendait en grande partie de l&#8217;\u00e9thique et de la personnalit\u00e9 du capitaine. Dans ma famille, les souvenirs de mon grand-p\u00e8re, Luis, le Nueve Doble, sont emplis de ces anecdotes de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 spontan\u00e9e. Les vieilles femmes du quartier s&#8217;exclament encore en \u00e9voquant son souvenir : \u00ab<em> Dans la rue Olivar, le bateau de ton grand-p\u00e8re a rempli bien des estomacs !<\/em> \u00bb. Cette m\u00eame g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00e9tait attribu\u00e9e \u00e0 d&#8217;autres patrons l\u00e9gendaires, devenus des noms de rues ou des figures embl\u00e9matiques du quartier, comme Mat\u00edas Rodr\u00edguez, du bateau La <em>Jopo<\/em>. Ils incarnaient l&#8217;autorit\u00e9, mais aussi la protection de la communaut\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les r\u00e9seaux de protection sociale publics n&#8217;existaient pas.<\/p>\n<h4><strong>Le lexique de la mer : gardien des mots en danger d&#8217;extinction<\/strong><\/h4>\n<p>Le <em>jabegote<\/em> a aussi servi, peut-\u00eatre inconsciemment, d&#8217;archive philologique d&#8217;une valeur inestimable pour notre littoral. \u00c0 travers ses paroles, des termes techniques et des expressions populaires ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9s, que les citadins malagu\u00e8nes d&#8217;aujourd&#8217;hui ont presque compl\u00e8tement oubli\u00e9s.<\/p>\n<p>Un merveilleux exemple de cette po\u00e9sie populaire n\u00e9e de l&#8217;observation directe est l&#8217;expression <em>\u00ab te r\u00edes m\u00e1s que la laja \u00bb<\/em> (tu ris plus qu&#8217;une laja). Une <em>laja<\/em> est un r\u00e9cif ou une pierre plate qui \u00e9merge l\u00e9g\u00e8rement de la surface pr\u00e8s du rivage. Lorsque la mer est calme, mais avec un l\u00e9ger mouvement de fond, l&#8217;eau se brise sur la pierre, cr\u00e9ant une \u00e9cume blanche qui \u00e9voque un sourire permanent. Une observation du milieu naturel qu&#8217;aucun po\u00e8te \u00e9rudit ne saurait surpasser.<\/p>\n<p>De m\u00eame, l&#8217;expression \u00ab <em>hacer la cala del hueso<\/em> \u00bb a \u00e9t\u00e9 immortalis\u00e9e dans une chanson. Elle d\u00e9signe celui qui se d\u00e9robe \u00e0 ses responsabilit\u00e9s, qui dispara\u00eet au moment du travail le plus difficile ou, pire encore selon l&#8217;\u00e9thique <em>marenga,<\/em> lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de r\u00e9gler des dettes ou de payer des salaires.<\/p>\n<p><em>Cuando tocaba pagar \/ hiciste la cala el hueso \/ no me voy a preocupar \/ en la barca te veo luego.<\/em><\/p>\n<h4><strong>Pr\u00e9servation et projections futures<\/strong><\/h4>\n<h4><strong>D\u00e9fis et initiatives visant \u00e0 assurer la continuit\u00e9 de cet h\u00e9ritage dans le contexte actuel<\/strong><\/h4>\n<p>Aujourd&#8217;hui, ce chant est sauv\u00e9 de l&#8217;oubli ou de l&#8217;invisibilit\u00e9 en raison d&#8217;un manque d&#8217;identification claire comme style flamenco, du moins \u00e0 Malaga, o\u00f9 il est reconnu comme l&#8217;un des plus anciens <em>fandangos abandolaos<\/em> et comme l&#8217;un de ceux qui exigent le plus de force et d&#8217;\u00e2me lors de son interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l&#8217;int\u00e9r\u00eat pour le chant s&#8217;est accru \u00e0 Malaga et, suite \u00e0 la publication de la biographie du Ni\u00f1o de las Moras (Miguel L\u00f3pez et Manuel Ternero, 1997), de nombreux textes ou courts chants pour <em>jabegotes<\/em> ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s, refl\u00e9tant la richesse de la culture des p\u00eacheurs malagu\u00e8nes. Un recueil, d\u00e9j\u00e0 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 \u00e0 trois reprises, est enti\u00e8rement consacr\u00e9 aux paroles de <em>jabegotes<\/em> (Pepe Espejo, 2002). On notera \u00e9galement les courtes chansons de Marivi Verd\u00fa, Carmen Aguirre, Luis Utrera Madro\u00f1ero et d&#8217;autres auteurs malagu\u00e8nes, ainsi que les compositions r\u00e9alis\u00e9es par des \u00e9coliers pour le 1er concours national de paroles de <em>jabegotes<\/em>, organis\u00e9 par l&#8217;Association des voisins d&#8217;El Palo. Le <em>cante de jabegotes<\/em> fait d\u00e9sormais partie int\u00e9grante du programme scolaire \u00e0 Malaga, gr\u00e2ce \u00e0 la cr\u00e9ation de supports p\u00e9dagogiques sp\u00e9cifiques pour les \u00e9coles.<\/p>\n<p>Dans le cadre des c\u00e9l\u00e9brations, le chant a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 et incorpor\u00e9 \u00e0 divers \u00e9v\u00e9nements. L&#8217;une des activit\u00e9s o\u00f9 on l&#8217;a retrouv\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es sont les bapt\u00eames de mer. Une autre initiative int\u00e9ressante qui recourt au <em>cante de jabegotes<\/em> pour sublimer l\u2019acte est la c\u00e9l\u00e9bration du solstice d&#8217;\u00e9t\u00e9, le 21 juin.<\/p>\n<p><em>Solsticio tan generoso \/ con la magia de los poemas \/ m\u00fasica de caracolas \/ cantes de jabegote \/ remando contra las olas.<\/em><\/p>\n<p>Une autre occasion o\u00f9 l&#8217;on chante <em>des jabegotes<\/em> est la <a href=\"https:\/\/share.google\/cRynPvvHUS8EeAuTT\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">comm\u00e9moration du naufrage du <em>C3<\/em><\/a>, un sous-marin de la R\u00e9publique. De m\u00eame, plusieurs associations comm\u00e9morant les \u00e9v\u00e9nements tragiques de la <em>Desband\u00e1<\/em> (massacre de la route Malaga-Almeria) ont publi\u00e9 un album de po\u00e8mes d\u00e9di\u00e9s \u00e0 cet \u00e9pisode. Le flamenco y figurait \u00e9galement, et j&#8217;ai moi-m\u00eame enregistr\u00e9 un morceau en interpr\u00e9tant des <em>jabegotes<\/em>.<\/p>\n<p><em>Serpenteaba la muerte \/ En carretera de Almer\u00eda \/ Y el agua de levante fuerte \/ Lluvia de balas nos tra\u00eda \/ Que los barcos escup\u00edan Desband\u00e1.<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_8562\" aria-describedby=\"caption-attachment-8562\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8350\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Miguel-el-Autort-sacando-el-copo-1.jpg\" alt=\"L&apos;auteur, levant la ligne. Photo : Fonds Miguel L\u00f3pez Castro.\" width=\"600\" height=\"399\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Miguel-el-Autort-sacando-el-copo-1.jpg 600w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Miguel-el-Autort-sacando-el-copo-1-338x225.jpg 338w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8562\" class=\"wp-caption-text\">L\u2019auteur, levant la ligne. Foto: Fonds Miguel L\u00f3pez Castro.<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_8559\" aria-describedby=\"caption-attachment-8559\" style=\"width: 753px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-8352\" src=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Reciensacado-el-copo-entre-la-nube-de-escamas-que-s-ueltan-los-pesces-es-el-momento-de-coger-su-garfa-1-763x1080.jpg\" alt=\"D\u00e8s que la ligne est r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e, au milieu du nuage d&apos;\u00e9cailles que le poisson lib\u00e8re, vient le moment de la garfa. Photo : Fonds Miguel L\u00f3pez Castro.\" width=\"763\" height=\"1080\" srcset=\"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Reciensacado-el-copo-entre-la-nube-de-escamas-que-s-ueltan-los-pesces-es-el-momento-de-coger-su-garfa-1-763x1080.jpg 763w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Reciensacado-el-copo-entre-la-nube-de-escamas-que-s-ueltan-los-pesces-es-el-momento-de-coger-su-garfa-1-159x225.jpg 159w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Reciensacado-el-copo-entre-la-nube-de-escamas-que-s-ueltan-los-pesces-es-el-momento-de-coger-su-garfa-1-768x1087.jpg 768w, https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Reciensacado-el-copo-entre-la-nube-de-escamas-que-s-ueltan-los-pesces-es-el-momento-de-coger-su-garfa-1.jpg 961w\" sizes=\"(max-width: 763px) 100vw, 763px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8559\" class=\"wp-caption-text\">D\u00e8s que la ligne est r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e, au milieu du nuage d&#8217;\u00e9cailles que le poisson lib\u00e8re, vient le moment de la garfa. Photo : Fonds Miguel L\u00f3pez Castro.<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9cho, m\u00e9moire et travail sur les rivages de Malaga<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":8347,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[117],"tags":[202],"class_list":["post-8331","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dossier-fr","tag-202"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8331","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8331"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8331\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9246,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8331\/revisions\/9246"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8347"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8331"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8331"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revistaargo.mmb.cat\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8331"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}