Magazine consacré à la culture et au patrimoine maritime de la Méditerranée, publié par le Musée maritime de Barcelone.

Carmen Perez Guerri

Championne catalane de motonautisme

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Dans les années soixante-dix, Carmen Pérez Güerri s’est imposée comme une figure marquante du motonautisme catalan, participant à des championnats en Espagne et à l’étranger.

On sait peu de choses sur Carmen Pérez Güerri, mais suffisamment pour savoir qu’elle mérite les lignes qui suivent. Son nom, inconnu du grand public, fait pourtant partie de l’histoire sportive catalane. Championne d’Espagne de motonautisme, discipline consistant en des courses de bateaux à moteur, quelques articles de presse et de rares passionnés de son sport sont tout ce qui reste d’elle.

Les débuts de Carmen Pérez Güerri dans le monde du motonautisme

Miquel Mallafré, président de la Fédération catalane de motonautisme depuis 2009 et auteur du livre Federació Catalana de Motonàutica: 1968-2018. Història de la Federació, a eu l’occasion de s’entretenir avec elle lorsqu’il effectuait des recherches pour le livre susmentionné, au début des années 2000, dans la maison de retraite où elle vivait.

Mallafré apprit que Pérez Güerri s’était initiée au motonautisme grâce à son frère, Eduardo Pérez, qui pratiquait également cette discipline. Son mari, Tomás Hidalgo Torroella, s’adonnait lui aussi au motonautisme : le couple participait parfois à des compétitions ensemble. Tous trois étaient membres du Club Nàutic de Vilanova i la Geltrú.

On ne sait guère plus de détails sur leur vie privée : mariés et sans enfants, ils tenaient une pharmacie sur les Ramblas à Barcelone. Leur situation financière était confortable, même si ce n’était pas grâce à leurs titres sportifs. À l’époque, les championnats de motonautisme n’offraient aucune récompense financière, mais il fallait disposer de moyens importants pour suivre le rythme des compétitions : le bateau, les éventuelles pannes et les déplacements sur les lieux des compétitions exigeaient une certaine solvabilité.

Le motonautisme en Catalogne

Comme l’explique Xavier Solà Barceló dans son article « La indústria motonàutica a Barcelona als anys seixanta », paru dans la revue Drassana, la pratique du motonautisme de loisir en Catalogne a débuté au début des années 1900. En effet, la première trace d’une course de bateaux à moteur remonte à 1904 dans le port de Barcelone, bien que la plupart des clubs nautiques catalans n’aient été créés que dans les années 1910-1920, précise-t-il.

C’est leur apparition qui donna naissance à la pratique du motonautisme, qui servait de divertissement aux membres du club. À cette époque, voiliers et bateaux à moteur participaient aux régates, mais sans aucune réglementation fédérale, la Fédération espagnole de motonautisme n’apparaissant qu’en 1965, suivie de la Fédération catalane de motonautisme en 1968. Solà explique ensuite qu’à partir des années 1920, ce sport se professionnalisa et se réglementa, et c’est alors que certains pilotes catalans quittèrent la Catalogne, et même l’Espagne, pour participer à des championnats internationaux.

Dans la seconde moitié des années 1950, les régates se multiplièrent et les clubs nautiques locaux commencèrent à former leurs propres équipes. Au cours de la décennie suivante, dans les années 1960, les courses furent mieux organisées, les coques utilisées furent conçues exclusivement pour la compétition et différentes catégories furent définies, variant selon la cylindrée du moteur et le type de coque. Selon Solà, ce furent les années d’or du motonautisme en Catalogne.

Bien que ce soit à cette époque que les compétitions de bateaux à moteur, telles que nous les connaissons aujourd’hui, aient commencé à se structurer, certaines différences distinguent le passé de la situation actuelle : aujourd’hui, la pratique du bateau à moteur est plus diversifiée – outre les compétitions de bateaux à moteur, il existe également des courses de jet-ski –, les mesures de sécurité sont renforcées et les bateaux peuvent atteindre des vitesses plus élevées. Si le bateau à moteur bénéficiait d’une plus grande visibilité à cette époque, c’est aussi parce que les compétitions se déroulaient dans les ports et étaient donc plus accessibles au public. Miquel Mallafré expliquait dans un article du magazine Espais intitulé « Els ports i la motonàutica de competició » (Les ports et les compétitions de bateaux à moteur) qu’en Catalogne, l’absence de grands lacs et rivières navigables – contrairement aux pays voisins – fait que la plupart des compétitions de bateaux à moteur se déroulent dans et autour des ports. Par conséquent, ajoute Mallafré, les ports offrent une visibilité accrue, un atout supplémentaire pour les courses de bateaux à moteur, car les quais deviennent un point de vue privilégié pour observer les compétitions.

Ses exploits

Dans cette chronologie, les exploits de Carmen Pérez en compétition de motonautisme se situent au début des années 1970. Des articles de presse de l’époque montrent que le nom de cette native de Barcelone, ainsi que ceux de son mari et de son frère, figuraient rarement en dehors du podium.

En 1970, Pérez a terminé deuxième du Championnat d’Espagne de motonautisme, qui s’est déroulé avec des courses à Malaga, La Manga del Mar Menor et Sant Carles de la Ràpita.
La même année, l’athlète confirma son talent en se classant septième de la XXIIe régate internationale Centomiglia sur le lac de Côme, en Italie. Le 11 octobre de cette année-là, La Vanguardia consacra un article à la compétition et aux représentants catalans. Sous le titre « Positivas actuaciones españolas en las competiciones internacionales del Lago de Como », le journal mentionne notre protagoniste : « Madame de Hidalgo [nom d’épouse de Carmen Pérez], A. Platero, J. Malberti, J. Diamant, J.A. Orbea et M. Roselló ont obtenu d’excellents résultats ». L’image qui accompagne ce bref article est un portrait de Carmen Pérez, avec une légende qui le confirme : « Un virage spectaculaire où apparaît le hors-bord piloté par Madame Carmen P. de Hidalgo, du Club Nàutic de Vilanova ».

Le média souligne également que, parmi les dix-sept participants représentant l’Espagne, seules trois étaient des femmes, concourant dans la catégorie hors-bord. La Vanguardia met en avant la bonne performance de Pérez, non sans une pointe de condescendance : « La délégation espagnole qui s’est rendue en Italie a confirmé que notre motonautisme possède des qualités indéniables, notamment grâce à une femme, Mme de Hidalgo, dont les performances n’ont en rien éclipsé celles de ses compatriotes et de nombreux concurrents étrangers qualifiés. » Le journaliste Antonio Moragues a également rédigé un compte rendu de la compétition dans le quotidien Mundo Deportivo, où il souligne « la performance remarquable de Carmen Pérez de Hidalgo – seule une autre femme a participé à la course – qui a terminé à une très honorable septième place ».

L’année suivante, en 1971, Carmen Pérez remporta le championnat d’Espagne en catégorie ET, s’imposant sur les circuits de Ceuta et de La Corogne. Le journal NO-DO, organe du régime franquiste, diffusa d’ailleurs le 16 août 1971 la compétition nationale de bateaux à moteur de La Corogne, en présence de Francisco Franco lui-même. Comme pour les championnats précédents, La Vanguardia consacra également un article à cet événement, mettant en avant le nom de Carmen Pérez comme la grande gagnante de cette édition.

Un an plus tard, en 1972, Carmen Pérez monta de nouveau sur le podium, cette fois avec son mari, Tomás Hidalgo. Ensemble, ils remportèrent le Championnat d’Espagne de régates au large, auquel ils participèrent à Vilanova, Palamós, Majorque et Tenerife. Enfin, la même année, du 15 au 17 septembre, se déroulait le Championnat d’Espagne de régates en solitaire sur le lac de San Juan à Madrid. Bien que Carmen Pérez ait terminé première de la catégorie ET, le titre ne lui fut pas attribué faute de participants.

Un héritage tombé dans l’oubli

De prime abord, le nom de Carmen Pérez Güerri semblait voué à l’oubli : une femme dans un sport essentiellement masculin, pratiquant une discipline peu reconnue, et ce il y a plus de cinquante ans. Autant dire que tous les éléments semblaient réunis pour l’effacer de la mémoire collective. Comme je l’ai dit en introduction, nous savons peu de choses sur cette athlète, mais suffisamment pour qu’elle figure dans ces pages.

Illustration de Carmen Pérez Güerri. Auteure : Alicia Caboblanco. ARGO 16. Musée maritime de Barcelone.
Illustration de Carmen Pérez Güerri. Auteure : Alicia Caboblanco.

Histoire de la Fédération catalane

Miquel Mallafré, président de la Fédération catalane de motonautisme depuis 2009, est l’auteur du livre Federació Catalana de Motonàutica: 1968-2018. Història de la Federació, qui relate la participation de Carmen Pérez aux compétitions de motonautisme dans les années soixante-dix.

Programme du Championnat d'Espagne de motonautisme. 1972. Photo : todocolección. ARGO 16. Musée maritime de Barcelone.
Programme du Championnat d’Espagne de motonautisme. 1972. Photo : todocolección.

Ce qu’en disait la presse

Les articles du journal La Vanguardia figurent parmi les principaux témoignages relatant les exploits de Carmen Pérez Güerri en compétition de motonautisme. Le journal catalan saluait également les mérites et les performances des athlètes catalans ayant participé à cette discipline sportive.

Information parue dans La Vanguardia le 11 octobre 1970. La légende indique : « Un virage spectaculaire où apparaît le hors-bord motorisé de Doña Carmen P. de Hidalgo, du Club Nàutic de Vilanova ». Photo : Archives de La Vanguardia. ARGO 16. Musée maritime de Barcelone.
Information parue dans La Vanguardia le 11 octobre 1970. La légende indique : « Une manœuvre spectaculaire où l’on aperçoit le hors-bord piloté par Doña Carmen P. de Hidalgo, du Club Nàutic de Vilanova ». Photo : Archives de La Vanguardia.
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