La résistance de la marine à voile
Le Glenlee a été construit par le chantier naval Bay Yard de Port Glasgow comme voilier avec gréement de corvette ou brick à trois mâts en 1896. À quelques années de la fin du siècle et avec l’essor de la propulsion mécanique, la construction de voiliers en fer était la réponse à la provocation de la technologie. Un défi du point de vue des plus de 5 000 ans de navigation à voile face à la machine à vapeur. En d’autres termes, le vent, la propreté et le silence face au charbon, à la graisse et au bruit. D’une certaine manière, ce fut la dernière bataille des voiliers en fer qui résistaient à disparaitre. On peut donc dire que, depuis sa construction, ce voilier à coque en fer transporta des marchandises, symbole de résistance de la voile face à la pression de la vapeur, une technologie qui mit fin à des milliers d’années de navigation à la voile.
Sa vie comme navire marchand fut la typique de ceux qualifiés avec mépris d’inutiles. Il fut le Glenlee puis l’Islamount sous pavillon britannique jusqu’en 1919. Il passa ensuite sous pavillon italien sous le nom de Clarastella et connut une nouvelle vie comme voilier à moteur équipés de deux moteurs diesel. Une série de circonstance l’emmena en Espagne où il intégra la Marine comme navire-école. Un autre voilier italien devait l’accompagner, mais cela ne put être en raison de son mauvais état. Il serait substitué, dans les années à suivre, par le Juan Sebastián de Elcano.
La voile sur les navires-école
Il convient de rappeler que par le passé, et aujourd’hui encore, on considérait les voiliers comme la véritable école de la mer, notamment pour les officiers, même pour ceux qui ne navigueraient jamais. La philosophie voulait que la navigation soit le terrain d’expérimentation par excellence, le lieu où un homme (et désormais une femme) se forgeait dans la lutte contre les éléments. Des valeurs telles que la responsabilité, le travail d’équipe, l’improvisation, la camaraderie, etc., s’y acquéraient coûte que coûte. Cette idée perdure, et c’est pourquoi de nombreuses marines à travers le monde conservent leurs navires-écoles. Certaines marines marchandes adoptent également cette philosophie.
Ainsi, à partir de 1925 (après les réparations et transformations nécessaires), le vieux Glenlee entra au service de la Marine espagnole sous le nom de Galatea, avec pour mission de servir d’école à différentes générations de cadets. Avant d’embarquer sur des navires modernes, ces derniers y acquéraient l’expérience de la navigation et forgeaient un esprit de corps à l’ancienne. Mais son rôle fut de courte durée, puisqu’en 1928, il fut remplacé par le Juan Sebastián de Elcano pour la tâche principale de formation des officiers. Le Galatea demeura une sorte de second, actif mais à un niveau secondaire. Il continua de naviguer, survécut à la Guerre civile espagnole et même à une tempête qui, le 3 octobre 1946, faillit le faire couler au large des Açores. Le vent le mit une nouvelle fois à l’épreuve en 1954 près de New York, mais il y échappa encore.
Le 15 décembre 1959, la Marine la retira du service actif et il fut amarré à l’arsenal de Ferrol pour servir d’école de manœuvre. Désormais inactif, il vieillit doucement jusqu’à son désarmement définitif en 1982. Cependant, la Marine hésita à ordonner sa démolition, compte tenu des protestations et de l’image négative que cela engendrait. Le navire fut pillé jour après jour, dévoré petit à petit par les ferrailleurs et les collectionneurs de souvenirs. De nombreux éléments se trouvent sans doute encore aujourd’hui dans des collections privées. On chercha à lui offrir un avenir digne de ce nom, comme musée ou exposition flottante. Il fut alors remorqué jusqu’à Séville, puis amarré dans le Guadalquivir, attendant sa fin. Mais lorsqu’il fut décidé de le vendre aux enchères, le salut arriva : une institution britannique, le Clyde Maritime Trust de Glasgow.
Résurrection au-delà de la mer
En 1993, il fut remorqué jusqu’à Greenock, puis jusqu’à Glasgow. Là, le Glenlee fut restauré et transformé en musée flottant. Après quelques travaux préliminaires en cale sèche, un processus de restauration de six ans commença. Certains éléments, comme les mâts d’origine, furent importés d’Espagne. Les nouveaux propriétaires tentèrent de récupérer la figure de proue originale, toujours exposée à La Graña (Ferrol, La Corogne) et, n’y parvenant pas, commandèrent une réplique. La légende raconte que la Marine espagnole déclara que la figure de proue ne serait restituée qu’après la restitution de Gibraltar par les Britanniques. Vérité ou légende ? On peut tout croire. Le 6 juillet 1993, lors d’une cérémonie empreinte d’émotion, il retrouva son nom d’origine, Glenlee. Aujourd’hui, ce voilier est un véritable monument écossais et une attraction touristique sur les quais de Glasgow.
Au moment de la rédaction de ce texte, le navire fait l’objet de travaux de restauration du gréement. Si vous souhaitez le visiter, il peut être judicieux d’attendre la fin des travaux et que le navire retrouve sa splendeur d’antan. Vous trouverez plus d’informations sur le site web.
À titre de curiosité, le Museu Marítim de Barcelona conserve quelques meubles de la cabine du commandant. Ils datent probablement des années 1940 ou 1950, et ils ont rejoint les collections en 1983. Et, naturellement, vous trouverez à la bibliothèque du musée quelques publications très intéressantes sur cette embarcations et les personnes qui y ont navigué.






