Les chaises à porteurs étaient un moyen de transport urbain très répandu à l’époque moderne, notamment pour les courts trajets en ville ou même à l’intérieur des grands domaines. Ces chaises, généralement conçues pour une seule personne – bien que, exceptionnellement, elles puissent en accueillir deux – devinrent un symbole de prestige et de rang social. L’usage de ce moyen de transport était prédominant parmi les classes aisées, et plus particulièrement parmi les dames de la haute aristocratie, pour qui ce mode de transport symbolisait le raffinement et le pouvoir d’achat.
La grande richesse constructive et ornementale dont faisaient souvent preuve les chaises contribua à renforcer cette idée. Certaines furent décorées par des artistes de renom, comme le peintre madrilène Luis Paret y Alcázar, auteur d’une chaise ornée de scènes mythologiques à thèmes amoureux. Cependant, au-delà de leur valeur en tant qu’objets de luxe, les chaises étaient également étroitement liées au métier artisanal des portefaix ou porteurs (bastaixos) dans plusieurs villes, notamment à Barcelone.
La guilde des bastaixos (porteurs)
Cette guilde était chargée du transport et du transfert des malades vers les hôpitaux à l’aide de chaises simples, sans aucun luxe, comme celle conservée au Musée maritime, ce qui relie ce véhicule aux pratiques de soins de santé en milieu urbain.
La guilde des porteurs de Barcelone fut officialisée par privilège royal de Ferdinand II le Catholique en 1513, sous le patronage de saint Macià, ainsi que de sainte Catherine et de sainte Thècle. Cependant, son origine en tant que corporation professionnelle remonte au milieu du XIIIe siècle. D’après les documents conservés, les premières ordinations furent établies en 1418, et l’on sait qu’ils jouèrent un rôle fondamental dans la construction de la basilique Santa Maria del Mar, à partir de 1323, en transportant gratuitement des pierres de la carrière de Montjuïc jusqu’au quartier de la Ribera. Ce geste témoigna de leur solidarité et de leur engagement envers la ville.
Dans les chapitres établis par l’ordonnance de 1513, il était indiqué que les membres de la Guilde étaient au service des habitants de la ville de Barcelone, qu’il s’agisse d’institutions publiques ou de particuliers. Leur tâche consistait à aider les citoyens dans le transport de tissus, de marchandises, de biens de toutes sortes et même de malades. Il était également stipulé, entre autres, que les transports pouvaient être effectués à toute heure du jour ou de la nuit, car, dans le cas des malades, il était expliqué que certains, « par pudeur, ne souhaitaient pas quitter leur domicile en journée ».
Le terme « bastaixos de capçana » désigne le métier de porteur, c’est-à-dire le transport de lourdes charges – sur le cou, la tête, les épaules ou le dos – avec ou sans barre, coussin ou corde. Un autre terme, devenu synonyme, était celui de « macips de ribera », désignant spécifiquement les travailleurs qui transportaient manuellement des marchandises entre la mer ou les rives d’un fleuve et la ville. Tout au long du XVIIe siècle, la Guilde a entretenu des conflits constants avec les charretiers maritimes, qui, à partir de 1770, furent intégrés à la Guilde par la création de nouvelles sections, tout en définissant les tâches propres à chacune. Finalement, en 1873, elle prit le nom d’Unión de Faquines de la Aduana de Barcelona.
Le trésor du musée
La chaise du Musée maritime de Barcelone, ainsi qu’un petit ensemble de meubles et de documents, ont intégré les collections du musée grâce au dépôt effectué en 1942 par José Penaba, alors chef et représentant des douanes. Les rares documents conservés indiquent que ces pièces provenaient de l’ancien « Gremi de Faquines de Rivera » du port de Barcelone, c’est-à-dire de la Guilde des porteurs.
Structurellement, l’objet se présente comme un coffret à section verticale, intégrant une porte frontale et trois ouvertures faisant office de fenêtres. L’extérieur est recouvert de cuir fixé par des chevilles ou des clous métalliques. À l’intérieur, une chaise à deux petits accoudoirs est intégrée, revêtue de taffetas de coton imprimé de motifs floraux et de figures d’inspiration orientale, dans des tons bruns ou chocolat. De chaque côté de l’extérieur, des fixations carrées en fer permettaient d’insérer des lattes de bois. L’objet était porté par deux personnes, l’une devant, l’autre derrière. Il pouvait parfois être porté par des animaux, mais le plus souvent par deux individus.
L’austérité du revêtement extérieur de la chaise de la Guilde constitue une singularité et s’explique par des raisons pratiques. D’une part, l’utilisation du cuir comme matériau de revêtement le rend plus résistant aux intempéries, aux chocs et aux accidents. D’autre part, il garantit l’anonymat des utilisateurs, contrairement aux modèles richement décorés.
