Magazine consacré à la culture et au patrimoine maritime de la Méditerranée, publié par le Musée maritime de Barcelone.

« Mieux vaut prévenir que guérir »

La conservation préventive comme première étape pour éviter la restauration

|

L’adage « mieux vaut prévenir que guérir » reflète parfaitement l’idée de cet article. Le terme de conservation préventive est apparu pour la première fois vers 1975 dans des publications relatives au patrimoine et a depuis évolué pour s’adapter aux nouvelles recherches et aux avancées des nouvelles théories et concepts.

La prévention est une garantie de conservation

La conservation préventive va au-delà du simple contrôle de la température, l’humidité ou la lumière auxquelles les pièces sont exposées ou stockées, ou des mesures engagées pour éviter les vols ou le vandalisme.

Ce terme est de plus en plus appliqué à de nouveaux domaines tels que la manipulation et le déplacement de pièces, les systèmes de transport et d’emballage, les conditions de stockage ou les matériaux avec lesquels elles sont en contact direct.

Toutes les actions préventives appliquées autour d’une pièce, aussi insignifiantes puissent-elles nous paraître, contribuent à minimiser, voire à éviter, sa dégradation. On peut donc affirmer que la conservation préventive englobe toutes les mesures et actions visant à réduire ou à prévenir la détérioration ou la destruction future de biens patrimoniaux.

Par conséquent, la prévention est un facteur très important qu’il faut garder à l’esprit pour stopper, ou du moins ralentir, la détérioration des collections muséales et garantir leur pérennité et leur accessibilité pour les générations futures.

Ainsi, la conservation préventive exige la recherche constante des meilleures conditions possibles de manipulation, d’exposition et de stockage afin d’éviter ou, du moins, de réduire, certains des mécanismes de dégradation qui affectent les biens patrimoniaux.

Du point de vue de la conservation du patrimoine, il est toujours plus judicieux d’agir en amont sur tous les facteurs qui l’entourent plutôt que d’intervenir a posteriori sur le bien par des traitements de restauration. Toutes nos actions directes auront, d’une manière ou d’une autre, un impact sur celui-ci.

Par conséquent, nous réservons la restauration aux seuls cas indispensables, soit parce que l’objet a subi un accident, soit parce que, si la pièce n’est pas traitée de manière exhaustive, la détérioration s’aggravera et des dommages plus importants surviendront.

Parfois, il faut également restaurer des pièces simplement parce qu’elles ont été choisies pour être exposées et que, malgré un bon état de conservation, leur apparence peut être altérée par l’accumulation de saletés, par l’ajout de matériaux inappropriés ou par l’absence d’éléments qui peuvent rendre leur compréhension difficile.

Il ne faut pas oublier que l’un des principaux objectifs des techniciens en conservation-restauration qui travaillent dans les musées et autres institutions est de préserver les collections dans les meilleures conditions possibles afin de parvenir à un compromis acceptable entre exposition et conservation.

D’un point de vue économique, il est toujours plus rentable d’investir dans la prévention, afin d’éviter de futures interventions, que de devoir faire face à un processus de restauration complet.

Malheureusement, de nombreux musées sont loin d’être en mesure d’appliquer systématiquement ces mesures, non pas parce qu’ils ne les jugent pas importantes, mais en raison d’un manque de ressources techniques et économiques.

Matériaux textiles conservés dans la réserve du MMB. Photo : MMB.
Matériaux textiles conservés dans la réserve du MMB. Photo : MMB.

Actions de conservation préventive dans les collections textiles du MMB

Parmi les différents fonds patrimoniaux conservés par le MMB figure une petite collection de textiles composée principalement de grandes voiles de bateaux, de bannières, de drapeaux d’anciennes compagnies maritimes et de drapeaux à slogans. Nous conservons également une collection de vêtements et accessoires militaires, marins et sportifs tels que des bracelets, des sacs à aiguilles, des insignes, des bandeaux…

Jusqu’à il y a quelques années, et pour des raisons différentes, les deux collections n’avaient pas bénéficié d’une attention suffisante en matière de conservation et de présentation.

Les raisons de cette situation sont diverses, mais la plus importante est le manque de techniciens spécialisés dans les matériaux textiles au sein du personnel de conservation-restauration du musée.

Depuis quelques années, l’un de nos techniciens se forme à l’application de mesures de conservation préventives dans le domaine de ces matériaux et une série d’actions ont été initiées pour mettre en œuvre des changements ayant pour principal objectif d’améliorer notamment les conditions de stockage de ces collections.

Première étape : préparer le mobilier et fabriquer des supports

En 2008, dans le cadre des travaux de restauration du bâtiment du musée, une nouvelle salle de réserve a été aménagée. C’est alors qu’ont été entreprises les premières démarches en la matière : l’attribution de étagères nécessaires et la définition des exigences pour chaque objet, en fonction de ses caractéristiques formelles, de ses dimensions et de son état de conservation.
En fonction des différentes typologies, les adaptations nécessaires ont été apportées au mobilier, notamment en aménageant un certain nombre de tiroirs dans les nouvelles étagères pour accueillir les pièces qui, de par leurs dimensions, pouvaient être placées à plat et pour les objets plus petits.
En revanche, certains meubles ont été équipés de barres métalliques permettant de suspendre l’ensemble de vêtements militaires, ce qui, compte tenu de leur état de conservation, permettait de les ranger suspendus.

Le processus de conditionnement

Le processus de conditionnement des cintres ou des conteneurs en fonction de la morphologie de chaque chemise, veste, pantalon, casquette ou accessoire a actuellement commencé.

 

Ils ont été numérotés de manière visible afin d’éviter toute manipulation inutile.

 

Des housses en coton ont également été confectionnées pour les recouvrir, les protégeant ainsi de la poussière et de la lumière.

 

Enfin, des supports métalliques en forme de demi-lune ont été conçus pour être suspendus aux barres. À leurs extrémités, sont fixés les cylindres dans lesquels sont enroulés les tissus grand format.

 

 

Stockage des voiles

Le stockage des voiles de grand format (entre 10 et 14 mètres) n’est pas encore résolu. Les stocker à plat, comme ce serait l’idéal, est impossible compte tenu de leurs dimensions. Les enrouler en cylindres de grand diamètre pose problème : l’épaisseur des têtes (ralingues et matafions) qui les composent est excessive et risque, à terme, de marquer les tissus. Nous sommes actuellement en contact avec d’autres institutions confrontées à des problèmes similaires.

La vérité est que, depuis quelques années, la collection textile s’agrandit, tout comme les autres objets qui font partie du patrimoine du musée. De ce fait, nous disposons de moins en moins d’espace pour les conserver correctement. Cette situation nous oblige à rechercher des solutions pour optimiser l’espace dont nous disposons.

Dans des cas comme celui-ci, les équipes de conservation-restauration des musées doivent constamment imaginer de nouvelles solutions pour gagner de nouveaux espaces en fonction des caractéristiques de nos réserves. Chaque équipe doit s’adapter à ses besoins, à sa réalité et aux ressources économiques dont elle dispose.

AUTRES ARTICLES
Championne catalane de motonautisme
Le fleuve comme carrefour de culture et de vie
Des infrastructures aux relations : une vie consacrée à unir le port à Barcelone
Paysage, culture et essence maritime
L'un des métiers les plus dangereux au monde, un problème environnemental et humain
Clés géopolitiques d'un espace central dans l'ordre mondial